Mardi 5 mai 2009
Voilà ce que j'ai appris en cours hier :

"George Bush aurait pu tuer tous les scientifiques, il n'y aurait plus eu de science ; pour autant, cela n'aurait pas empêché que toute la science découverte jusque là ne soit valide".


C'est cool la science. J'aurais du faire Math Sup finalement.
Par Tisto
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Mardi 28 avril 2009
Avant toute chose, j'aimerais commencer cet article par un vibrant hommage au groupe Pernaud-Ricard, puisque mon tableau de bord OverBlog a la bonté de me signaler que cet article, mesdames et messieurs, cet article est le 51e depuis la création de ce blog !

(applaudissements)

Merci, merci. Alors, pour l'occasion, faisons comme l'INSEE (ou son équivalent argentin l'INDEC), et manipulons un peu les chiffres. 51 articles en neuf mois de présence ici (bordel), ça nous fait (de tête) une moyenne de 5,666 articles par mois, soit un peu plus d'un tous les six jours. Pour ceux qui tiendraient vraiment à faire subir aux mouches les derniers outrages, cela nous fait environ 0,188 article par jour, bien que ce chiffre ne nous avance guère plus. Enfin, tout compte fait, on peut dire que pour le moment, je réussis à m'astreindre à la régularité dans la publication, bien que mon emploi du temps soit - comme vous le savez - surchargé à un point qui ferait frémir un ouvrier textile thaïlandais. Et puis faire ces calculs permet également de se rendre compte du temps qui passe, hein, tout ça, puisque la théorie des vases communicants nous apprend que 9 mois passés équivalent à 3 mois restants, et ce malgré les récriminations stériles du camp créationniste. Bon. Trois mois. Du coup, la question du départ, ou du retour, ou d'un nouveau début (puisque tout cela revient au même), se pose de plus en plus. Glurps. Rassurez-vous : ce "glurps" ne signifie pas que je n'ai pas envie de revenir et de revoir tout le monde, bien sûr. Mais tout de même, je dois bien avouer que la perspective de décoller mes fesses de mon doux quotidien mendocino n'est pas sans me tracasser quelque peu. En gros, le moment arrive gros comme une maison où la Grande Problématique du début d'année (content de partir pour découvrir, mais anxieux de perdre ses repères) va me retomber sur le coin du museau, sous forme inversée : content de retrouver ses repères, mais triste d'en quitter de nouveaux. "Alea jacta est" comme disait Maximus le Gladiateur, de toute façon je survivrai, y'a pire dans la vie.

La camarade Ceibo se demandait récemment "qu'est-ce que c'est, être chez soi ?". Voilà une bonne grosse question qui ouvre l'esprit à l'introspection stérile et/ou à la disserte de dix pages, taches qui ont le mérite d'occuper le cerveau, mais pas forcément très productives en soi. Sans aller jusque là, je crois qu'être chez soi, c'est surtout ne pas se demander de quoi sera fait le lendemain, ou la semaine qui vient. Et ça, c'est possible au bout d'un certain temps, par l'accumulation des lieux, des gens, du temps. Ce qui fait qu'en fin de compte, je suis un peu chez moi ici, évidemment moins qu'en France où j'ai passé plus de temps. Mais quand même un peu. Et c'est jamais facile de partir de chez soi.


Par Tisto
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Mardi 21 avril 2009
Un article remarquable du non moins remarquable site d'information Rue 89.

http://www.rue89.com/2009/04/19/la-marseillaise-a-lecole-cache-misere-des-discriminations
Par Tisto
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Vendredi 17 avril 2009
Et c'est l'automne. L'été est bel et bien derrière, mes chers grands arbres, principaux artisans de la résistance contre les attaques impérialistes des Ultra-Violets dans les rues de Mendoza, durant ces derniers mois, ces chers grands arbres prennent soudain des teintes dorées voire brunes, et lâchent leurs feuilles sur tous les trottoirs de la ville, contraignant les commerçants à nettoyer encore plus leur pas de porte que d'habitude. Et Dieu sait qu'ils le nettoyaient déjà souvent. Si l'on en croit les Romantiques comme Lamartine, Chateaubriand, ou Bigard, l'automne c'est la saison la plus formidable. Mouais. Ils sont marrants les Romantiques, évidemment, torturés et pénibles comme ils sont, ils aimeraient vivre éternellement dans cette saison où les feuilles pourrissent, où la pluie revient, où on commence à se cailler bien comme il faut. C'est en adéquation avec leur détestable état d'esprit. Toujours est-il que pour ma part, étant ami du soleil et des balades pieds nus dans les rues poussiéreuses de Godoy Cruz, j'apprécie moins. Bon, je vous rassure quand même, il fait toujours autour de 28°C, et le soleil est là presque tous les jours. Mais par rapport aux 36°C de moyenne de cet été, la différence est notable.

Oui, je sais, je me plains, que voulez-vous, comme disait Herbert Freud (petit-neveu de Sigmund), "chacun ses névroses". Au rayon "actualités" : je viens de terminer deux semaines plus que formidables en compagnie de ma petite famille au grand complet. Notre vaillante expédition a successivement défié les enfers urbains de Buenos Aires (j'aime définitivement beaucoup cette ville), affronté la puissance de la Nature aux chutes d'Iguazu (Niagara argentin), et enfin exploré les allées ombragées et les sentiers montagneux de Mendoza-Mon-Ghetto, bien qu'amputés de Grégoire et LN, alliés des deux premières étapes. Ce fut une expédition des plus riantes, rien de tel que le Family Business. Et puis, ce soir, je les ai mis dans un radio taxi direction la gare routière, destination Buenos Aires - Ezeiza, puis back to the roots. Bon voyage à eux !

Sinon, il va falloir que je me mette en mode "back dans les bacs" pour les temps qui viennent : d'ores et déjà inscrit pour mon deuxième semestre à la fac, le parcours du Jedi passera bientôt par l'obtention d'un visa étudiant (déjà), et d'un stage honorable. Heureusement, un week-end "asado, feux de bois et guitare au bord du lac" est déjà prévu pour demain, je devrais donc reprendre progressivement. J'espère que le pays va bien, et je vous salue bien bas, bien que tout cela ne nous dise toujours pas ni l'âge du capitaine, ni qui a mis du sable dans la margarine. Keep rock'n'roll !

 
Par Tisto
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Lundi 30 mars 2009
Chanson magnifique d'Héctor Lavoe, artiste cubain. "El cantante" (le chanteur).




Yo, soy el cantante
que hoy han venido a escuchar
lo mejor del repertorio
a ustedes voy a brindar.

Y canto a la vida
de risas y penas
de momentos malos
y de cosas buenas.

Vinieron a divertirse
y pagaron en la puerta
no hay tiempo para tristeza
vamos cantante comienza.

Me paran siempre en la calle
mucha gente que comenta
¡Oye Hector ah! tu estas hecho
simpre con hembras y en fiestas.

Y nadie pregunta
si sufro si lloro
si tengo una pena
que hiere muy hondo.

Yo soy el Cantante
porque lo mío es cantar
y el público paga
para poderme escuchar.

Yo, soy el cantante
muy popular donde quiera;
pero cuando el show se acaba
soy otro humano cualquiera.

Y sigo mi vida
con risas y penas
con ratos amargos
y con cosas buenas.

Yo soy el cantante
y mi negocio es cantar
y a los que me siguen
mi canción voy a brindar.

Coro:
Hoy te dedico mis mejores pregones...
Par Tisto
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Mardi 24 mars 2009
Je ne sais pas si vous avez vu, mais c'est terrible. La nouvelle est tombée hier : Gad Elmaleh s'est déclaré en faveur du bouclier fiscal. La preuve est donc faite qu'on peut être drôle, et de droite en même temps, ce qui n'était pas couru d'avance quand on regarde par exemple la photo de famille de notre bon Gouvernement. Imaginez un peu Michèle Alliot-Marie à la place de Florence Foresti à l'Olympia, j'ai tendance à penser que l'hilarité de la foule ne serait pas la même. C'est pas sa faute ceci dit, pauvre petite : Michèle ne fait pas peur, elle n'a pas un sourire facile, c'est différent. Encore que, je suis de mauvaise foi, nous avons quelques exemples brillants de personnalités de droite, mais aussi relax et cool, ainsi que l'atteste cette vidéo édifiante de Jean-François Copé au synthé Bontempi *, qu'une criminelle négligence m'a fait garder par-devers moi trop longtemps déjà. Enfin, toujours est-il que voilà, c'est officiel, on peut être un humoriste de talent et de droite. Etant donné que l'humoriste de droite le plus renommé jusqu'au coming-out de Gad Elmaleh était M. Bigard, brillant théoricien du fameux "lâcher de salopes", on était un peu dubitatif.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Gad Elmaleh qui vire à droite, ce n'est pas anodin. Si même les petits rigolos de service sont en fait au service de Babylone la Grande, c'est bien le signe de la victoire pour cette dernière. Il fut un temps, que je n'ai pas eu l'honneur de vivre (ou alors de manière distante), où les humoristes en vogue s'appelaient Pierre Desproges, Coluche, Thierry le Luron. Loin de moi l'idée de sombrer dans une exaltation débile de nos glorieux anciens, mais tout de même. Il me semblait - peut-être que je me plantais - que le comique avait entre autres le rôle de se moquer, du pouvoir et des puissants en général. Ca marche comme ça depuis des siècles, on n'y peut rien, tout le monde aime railler ceux qui nous gouvernent (ça m'arrive à l'occasion d'ailleurs). Et bien non, mes amis : aujourd'hui l'idole des zygomatiques ne se moque pas des hommes politiques, d'ailleurs il n'en parle même pas. Non, désormais, le comique n°1 des français fait rire, certes, et le fait d'ailleurs très bien, mais il nous annonce tout de même avec un air chagriné que "50% d'imposition, c'est déjà énorme". Et on le plaint. Pauvre petit contribuable écrasé sous le poids pachydermique des feuilles d'impôts d'un Etat-vampire, à la limite du bolchevisme. Et voilà donc que le comique le plus reconnu du pays se pose en défenseur de LA loi emblématique d'un début de quinquennat qui annonçait déjà la couleur (marron foncé tendance caca d'oie). Moi, ça me scie. Essayez d'imaginer Coluche en train de défendre les privatisations de Chirac en 1986, vous verrez. On a un peu de mal à y croire.

Heureusement il y a d'autres signes, en ce moment, et ils ne trompent pas beaucoup non plus. Des petits faits, anodins, trois fois rien : 3 millions de personne dans les rues le 19 mars, par exemple. Ah tiens, aussi, l'occupation du vénérable Sciences Po Paris par des étudiants de facs d'Ile de France, moins bien cotées il faut le dire. Ah, les petits jaloux ! Ramassis d'ignares fainéants, étudiants en psychologie, sociologie dans le meilleur des cas, qui vont paralyser l'excellence du système universitaire français par leur frustration de ne pas savoir s'élever au-dessus de leur condition de bouseux. Tout ça sous prétexte que Sciences Po serait l'incarnation de l'élitisme et de la reproduction de classes, oh les vilains. J'en frémis.

Vu le bordel que c'est, restons informés, car tout cela fait que renforcer ce constat impitoyable dressé jadis par Maurice Thorez : "y'a une couille dans le potage".




* Je vous laisse admirer le jeu délié et audacieux de Jeff, "grand musicien", qui pourtant mériterait un article entier. Les commentaires du public subjugué m'en sont témoins.
Par Tisto
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Samedi 21 mars 2009

Où l’on n’apprendra pas ce qu’il advint de Baptiste durant ces trois derniers mois

 

 

Que de temps passé sans donner de nouvelles. Enfin, non : je vous ai raconté ma Bolivie (ce qui prend un peu de temps tout de même), et puis il y a eu ce petit reportage sur le concert de Manu Chao. Mais des nouvelles de Mendoza, rien. Que dalle. Nib. J’ai honte, mes amis, j’ai honte. N’allez pas en conclure pour autant que, comme certains de mes petits camarades que je ne citerai pas, j’abandonne la rédaction de ce blog, « cause i’ll never give up the fight ».

 

Quoi de neuf, donc, depuis trois mois ? Beaucoup et peu à la fois. L’été à Mendoza, la chaleur, les ventilateurs, les bières au congélo. Des despedidas, des arrivées, des faux départs, des nouvelles têtes. Un week-end à Valparaíso. Des questions existentielles et un farniente tel que je n’en n’avais jamais connu auparavant. Les retrouvailles avec mon frangin. Des réunions de chefs indiens. La coloc’ à quatre, puis à deux, puis à trois. La Ligue des Champions à la télé dans le pub irlandais. Des matchs de foot épiques dans le parc du Barrio Cívico. Notre nouvel ami, Gérard le Rat, qui squatte le chauffe-eau et la gazinière. Les courses à Carrouf, des nouvelles recettes de cuisine. La guitare. La sieste. La fête. Les lendemains de fête, où la vie est si dure. Les bouteilles à la mer. L’eau à chauffer dans la bouilloire pour le maté. Les parties de Risk. Godoy Cruz victorieux 1-0 contre Arsenal Sarandí. Les petites planètes. Tout ça, tout ça…

 

Et maintenant me voilà fin mars, et je réalise qu’il me reste quatre mois seulement à passer en terres latino-américaines. Si on reprend notre décompte et si on simplifie la fraction 4/12 par le dénominateur commun 3, on voit bien qu’il me reste à peine un tiers de mon année à effectuer. Comme le disent si bien Jacky et Benji, « qui aurait pu s’imaginer que le temps serait si vite écoulé ? ». Pas moi en tout cas. Pour autant, je n’en suis pas encore à faire le bilan, calmement, il me reste encore de la marge, mais il y a des signes qui ne trompent pas : la fac qui reprend, les nuits qui rafraîchissent. Après ces quatre mois de vacances, il est temps – à l’instar du Paris Saint Germain en coupe de l’UEFA – de passer au tour suivant. Be ready. Mendoza – part III : it’s coming. A très bientôt.

Par Tisto
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Jeudi 5 mars 2009
Live report d'un defouraillage annonce


De notre correspondant à Mendoza (J.-L.P.)


C’est donc hier soir au stade Andes Talleres que Manu Chao et le Radio Bemba Sound System ont réalisé une énième démonstration de force, habitués qu’ils sont à laisser les publics KO le long de leurs tournées colossales. Mais la prévisibilité du résultat ne diminue en rien le plaisir de voir jouer une équipe si soudée et si talentueuse.


Nous avions pris la décision de communier entièrement avec le Manu, et ce tout au long de la journée. C’est pourquoi dès 17h, nous étions en train de nous préparer psychologiquement au concert et de boire quelques bières dans le patio, alors que l’artiste était certainement occupé à boire la même bière pendant la balance batterie. Le problème de l’alliance bière-patio, c’est qu’elle n’incite pas à la mobilité ni à la réactivité. Un désastre atomique peut être annoncé dans les cinq minutes, un individu lambda avec une bière fraîche en main, assis dans un patio de surcroît, a un peu de mal à en conclure qu’il faut qu’il parte. Tout ça pour dire que malgré la rotation continue des aiguilles autour de la pendule et la perspective d’un concert anthologique, on a eu un peu de mal à décoller. Mais tant bien que mal, on finit par partir. Second problème : sur les neuf que nous sommes, personne n’a d’idée précise sur la localisation du fameux stade Andes Talleres où est censé se produire Radio Bemba. Nous nous dirigeons donc grosso merdo dans la direction supposée, avant de nous rabattre sur un taxi. Décision heureuse : c’était dans l’autre sens. Glurps. Arrivés sur place, une longue file – qui avance cependant assez vite – et des vendeurs de T-shirts de tous les côtés.


 Une fois entrés dans l’enceinte du stade, je m’aperçois que malgré les différences culturelles indéniables qui séparent l’Europe de l’Amérique Latine, il y a des vérités vérifiées en tout lieu et de tout temps. Par exemple : un concert ne peut commencer moins d’une heure après l’horaire annoncé ; il en va du prestige du groupe. Ce qui fait que nous nous sommes retrouvés assis en rond dans la pelouse, à l’ancienne, en attendant que la première partie termine son boulot (des punks à cuivre argentins, plutôt transpirant). Puis ayant fini, ils laissent la place aux techniciens pour le changement de plateau, ce qui est fait en à peine vingt minutes. Mais, pensez-vous, Radio Bemba n’allait pas rentrer sur scène dès maintenant. Fourbe qu’il est, le musicien aime se faire désirer, et surtout jubiler une bière à la main en regardant tous ces gens debout, entassés, suffocants, en crise d’anxiété, bref, le régal. L’attente monte, inexorablement, la foule commence à appeler ses idoles. D’humeur facétieuse, nous entamons avec Pancho une suite de chants en l’honneur du Paris-Saint-Germain (dont l’air se confond admirablement avec les autres). Oui, je sais, de toute façon Manu Chao est pour Marseille (le con), mais ça fait du bien quand même. Et puis d’un coup, les lumières s’éteignent ; ils sont là.

« C’est la panik, panik, panik, sur le périférik »

Enfin, pas tous. Le set commence avec trois hommes seulement, percussions, batterie, claviers, qui nous envoient du gros beat bien tribal pour chauffer l’assistance. Puis progressivement viennent se greffer la basse, la trompette, la guitare. Puis Manu, paré de sa casquette et de sa chemise treillis ouverte, accueilli comme il se doit par un tonnerre d’ovation de Mendoza. A son signal, le concert commence alors vraiment ; en vieux briscards, les garçons entament par un double medley ultra-efficace, Panik-Panik suivi de El Hoyo, sur un rythme punk et sans concessions. Mange ça dans tes dents. Première communion avec Jah Rastafari lorsque El Hoyo passe en gros rub’a’dub des familles. Ça s’annonce bien.


 « Yo vengo del hoyoyo, Tepito fayuca »


Le concert ayant duré au total trois heures environ, je dois avouer que je ne me rappelle pas de la set-list dans l’ordre, à mon grand regret. Toujours est-il qu’une fois encore, Manu et son équipage font dans le lourd, voire le très lourd, et que le public décolle avec eux, alternant les passages rock-punk, reggae, rumba. Certes, le concert n’est pas très différent de ce qu’ils avaient fait à Brest en juin dernier, mais à la limite je m’en cogne. Il y a les mythiques que le public chante comme un seul homme, comme Bobby Marley, Clandestino, Desaparecido, il y a les très punks (El Hoyo, La Primavera), celles qui font pleurer (Bala perdida, Mi vida, Si me das a elegir). Il y a aussi ce clin d’œil mystique, lorsque Philippe Teboul, alias Le Gros Boulté, alias Garbancito, quitte les percussions pour le micro et entame Sidi’h’bibi, tube de l’immortelle Mano Negra.


« Mi vida… lucerito sin vela… mi sangre de la herida… »


Au bout d’une heure et demi, le groupe quitte la scène. Et comme au début, ce sont les trois mêmes qui remontent les premiers sur scène pour un rappel, là encore avec du gros beat : Mala Vida, tube non moins immortel de la Mano. On sent que la machine est réglée à la perfection, rien ne dépasse. En même temps, ça fait maintenant plus de dix ans que le batteur, le bassiste et le guitariste accompagnent Manu sur ses albums et ses concerts. Comme disait Schopenhauer, « après dix ans de vie commune, on peut commencer à péter au lit ». Pour un groupe de musique, c’est pareil, si ce n’est que la complicité sur scène ne se traduit pas par des pets mais par une onde mystique qui relie les musiciens (les pets, c’est pour les longues heures de route dans le bus entre deux concerts). Bref, ces mecs-là sont reliés et ça se voit. Voir l’énorme bassiste Gambeat et le gros Boulté se trémousser l’un à côté de l’autre en rigolant sur Sidi’h’bibi, ça vous fout des frissons.


« Ya llegó, ya llegó, lo peor de la rumba… ya llegó ya llegó… el Manu Chao »



Puis les musiciens sortent à nouveau de scène. Et comme dans une tragédie grecque, le troisième acte reprend, toujours batterie-percussions-clavier, avec au passage un petit show de beat-box de l’ami Gambeat, malheureusement mal sonorisé. Et puis c’est reparti comme en 40, tout le monde s’y remet pour la dernière partie du concert. Le public est lessivé, mais c’est avec l’énergie du désespoir que ça pogote dans tous les sens sur les derniers morceaux. Seul temps mort du concert, un passage à la limite du chiant ayant pour unique but de permettre au guitariste de nous montrer à quel point il est trop fort. On est content pour lui, mais ça gave un peu au bout d’un moment, d’autant que le garçon est dans le genre grande gueule, avec poses héroïques et saluts interminables au public. Mais bon, on lui pardonne. Mention spéciale aussi pour la chanson « si yo fuera Maradona », évidemment un succès ici.


“Infinita tristeza, la de mi corazón Infinita tristeza, tu sombra en la pared Y lloré y lloré y lloré y lloré...”


C’est bien évidemment dans le punk et la sueur que devait se terminer un tel concert, et ce qui devait arriver arriva. Enfin, pas tout de suite. D’abord, pour son dernier morceau, Manu ne renie pas ses racines et annonce une chanson française, Pépère Lachaise – Madame Satan, un petit ska un peu crasseux et ma foi fort sympathique, qu’il termine en défouraillade générale sur l’air de « Pinocchio », beuglé à tue-tête par une foule au bord de la rupture nerveuse. Après nous avoir répété bien cinq ou six fois ce même plan et fini sur un ultime ragga qui tape, Manu Chao et Radio Bemba quittent la scène, cette fois définitivement. Hasta siempre Mendoza…


“Si me das a elegir entre tú y la cerveza Con esa pereza que lleva consigo Si me das a elegir Me quedo contigo”




Et en supplément gratuit, la performance individuelle des joueurs par Jean-Luc Pouchard, du journal l’Equipe.


David Bourguignon – batterie


 « L’Homme de Fer » n’aura une nouvelle fois pas failli à sa réputation, avec un match plus que sérieux dans les cages. Jamais inquiété, sans fioriture comme à l’accoutumée, une partie pleine qui lui vaut de rester en tête du classement des gardiens cette semaine encore.


Jean-Michel Dercourt, alias Gambeat – basse



 De même que pour son compère de la batterie, le colosse Gambeat n’a pas déçu, loin de là : labourage continu « tonique/quinte » pendant les trois heures, certes, mais ça défouraille toujours autant. On ne change pas une équipe qui gagne et le doyen de l’équipe, dans son style à la Mauricio Pochettino, en est la preuve vivante.


Philippe Teboul, alias Boulté, alias Garbancito – percussions


On ne dira jamais assez à quel point le gros Boulté a bien fait de rechausser les crampons avec son comparse de la Mano Negra. Solide dans l’entrejeu, recyclant énormément de ballons, constamment à l’appui des relances de son compère David, et se permettant même d’allumer la mèche sur Sidi’h’bibi : indispensable et symbolique à la fois.


Julio García Lobos – claviers


D’ores et déjà, le look du « Mapuche de Barcelona » mérite une mention spéciale. Pour ceux à qui ça dit quelque chose, c’est le même mec qui était déjà aux claviers sur le DVD live à La Villette (2002), celui qui avait cette tête de gorille (che)velu, sauf que maintenant sa crinière est toute grise, rehaussée par un splendide keffieh, et coupée façon Jackson Five. A part ça, un match honnête au milieu, derrière ses claviers, manquant un peu d’audace il est vrai, mais aussi mal servi par son coéquipier de la sonorisation.


Le Rital blond – trompette


La seule véritable déception individuelle de la rencontre : en retrait, statique, l’ailier droit a toujours paru en retard d’un coup et manquait singulièrement de punch sur les accélérations. Impossible pour lui de faire oublier le duo magique Roy Paci – Gianny Salazar de l’épopée de 2002, capable de décaper une gazinière avec une trompette et un trombone. L’erreur du mercato d’hiver.


Madjid « Magic » Fahem – Guitares


Tel un Cristiano Ronaldo de la six-cordes, Madjid réalise un match plein mais parfois énervant. Si sa virtuosité certaine est le plus souvent au service du collectif, certaines envolées compliquées et inutilement chargées en fioritures viennent de temps à autre ralentir la fluidité du jeu. Rien de grave cependant, un péché de jeunesse sans doute ; Madjid reste un neuf-et-demi d’exception.


Manu Chao – Manu Chao



Rien à dire, le garçon est époustouflant : il mène ses troupes à la baguette, avec une rigueur de chef d’orchestre viennois, ce qui ne l’empêche pas de sauter partout tel le punk à crête qu’il n’a jamais cessé d’être (cf. pochette de King of the Bongo, 1991). Pas un instant de répit pour la défense adverse : el « Chapulín Chao », meilleur buteur de la Liga, est encore debout. Pour longtemps, c’est ce que nous espérons tous.

 Próxima estación : esperanza »
Par Tisto
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Lundi 23 février 2009
Pendant que certains vont voir une bande de tarlouzes hard-rockeurs australiens pour 80 euros, d'autres vont voir l'authenticité punk et la sueur pour 50 pesos. Et oui, monsieur Manu Chao nous fait l'honneur de passer par Mendoza le 1er mars prochain ; cette fois-ci c'est vrai, après la fausse alerte de novembre dernier, la preuve : on a les places. Autant dire que ça va défourailler du saucisson. Je vous raconterai.

Par Tisto
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Mardi 17 février 2009
Il y a maintenant deux semaines, les dieux se sont déchaînés sur Godoy Cruz. Il a bien fallu écoper. Un régal.



Par Tisto
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