Après le carton du premier volet des aventures des Andana Jones (plus de 8 millions d’entrées au box-office dès la première semaine), les producteurs de la Godoy Crew Inc. ont décidé de lancer la suite. Après Les Aventuriers de l’Impossible, voici donc Les Eaux de l’Apocalypse, suite à grand spectacle qui tient toutes ses promesses. Malheureusement, pour ce second volet, pas de vidéo disponible ; il faudra vous contenter du récit de nos exploits.
Au casting, nous retrouvons bien sûr Tisto l’Erudit et Simon le Pourfendeur (plus de cactus mais de vagues, ce coup-ci). En revanche, pour des questions de disponibilité, les personnages de Sophie l’Amazone et de Pancho le Téméraire disparaissent. Mais ne vous inquiétez pas, d’autres figures attachantes et hautes en couleurs viennent en nombre pour les remplacer. Car cette fois-ci, les recettes du 1er film aidant, les Andana Jones ne sont plus quatre mais dix ! Dans ce nouvel opus, ils sont un commando multiculturel et surentrainé, la crème de la crème, c'est-à-dire une brigade internationale franco-germano-mexicano-argentine. Parmi les nouveaux Andana Jones, présentons-en quelques-uns (pas tous malheureusement, pour des raisons de temps) :
Charlotte la Lionne (France) : complice déjà présentée dans l’article Chile 2 : le retour, elle apporte sa science du sabotage et de l’action directe aux Andana Jones.
Marcos, le Sous-commandant (Argentine) : expert de la haute montagne et des situations extrêmes, grâce à sa profession de guide dans la province de Mendoza, il est en quelque sorte la clef de voûte du dispositif dans ce nouvel épisode.
Nadarosa la Naïade (Allemagne) : malgré un nom aux consonances hidalgo, c’est une véritable teutonne. Agent plurilingue aux multiples facettes, dont le sourire enfantin cache une détermination sans faille.
Mais, vous écriez-vous en chœur, « pourquoi ce titre, Les Eaux de l’Apocalypse ? ». La réponse est bien simple, les enfants. Après avoir gravi les plus hauts sommets, les Andana Jones s’attaquent à une nouvelle mission encore plus périlleuse : la descente des rapides du Río Blanco…
Nous partîmes un donc en ce beau matin de dimanche, allègres malgré une heure de réveil quelque peu difficile (7h30 pour la majorité des individus, j’avais personnellement préféré ne pas dormir étant donnés mes cycles de sommeil plus que décalés en ce moment). Un gros café, un peu de pain grillé et nous voilà en route vers le terminal de bus, rendez-vous de tous les aventuriers, et disposant par conséquent d’un stock de marchandises de première nécessité, comme le sandwich en polystyrène ou les cigarettes. Trajet en bus sans histoire, où le café ingéré m’empêche de grappiller l’heure et demi de sommeil dont j’aurais bien besoin, mais me permet en même temps d’admirer le paysage de la précordillère, dont je ne me lasse pas. Comme disait Jean-Marie Bigard : « y’a pas à chier, putain, les Andes ça troue le slip ! ».
Après ce petit trajet et une intéressante séquence « le chauffeur a décidé de ne pas passer la troisième en côte », les Andana Jones débarquent à Potrerillos, lieu de la mission, bien décidés à en découdre avec Dame Nature. Marcos nous présente ses amis, les gérants de l’entreprise « Argentina Rafting Expediciones », une des rares entreprises au monde où porter des dreadlocks est un préalable pour être embauché. Cet état d’esprit détendu, ajouté au rythme argentin déjà pas foudroyant en soi, cela fait que nous attendons pendant une petite heure et demie au soleil, sans bien savoir ce qu’on attend, mais bon. Peu importe : les Dreadeux Organisateurs (DO) nous invitent finalement à passer par la case « inventaire » pour récupérer notre panoplie d’aventuriers, que je vous laisse admirer ci-dessous.
De gauche à droite :
Votre serviteur - Simon - Adrian - Marcos - Maike - Thomas - Lucia - Elsa
(manquants : Charlotte & Nada)
La french connexion
Combi moulante façon Village People (période destroy), veste rouge anti-embruns, gilet de sauvetage et casque de mineur bolivien : la très grande classe. Ainsi parés, nous embarquons avec le matos dans le minibus qui doit amener au point de départ de nos aventures. Ça va secouer sévère, attention les yeux.
Après une petite demi-heure de route passée à transpirer allègrement dans nos combinaisons, nous déchargeons les bateaux au bord du fleuve tumultueux ; c’est l’heure du briefing d’avant-mission. Parce que mine de rien, descendre des rapides, ça exige un petit paquet de règles à observer. La première : le Dreadeux Organisateur de ton bateau est le seul maître à bord, et tout l’équipage obéit sans broncher et dans la seconde à ses ordres, lesquels sont au nombre de sept (les fameux « sept commandements du rafteur ») :
« Adelante » : tout le monde pagaie vers l’avant.
« Atrás » : tout le monde pagaie vers l’arrière.
« Adelante, dos » : deux coups de pagaie vers l’avant pour tout le monde.
« Atrás izquierda » : le côté gauche du bateau pagaie vers l’arrière, le côté droit vers l’avant.
« Atrás derecha » : l’inverse du précédent.
« Todos a la derecha » : tout le monde se rue sur la droite du bateau pour rééquilibrer le poids en situation de crise.
« Todos a la izquierda » : la même chose à gauche.
Fort heureusement, les deux derniers commandements n’ont pas été utilisés lors de la descente, ce qui a évité une immanquable noyade générale. S’ensuit également un briefing sur « quoi faire quand on tombe à la flotte », que je m’efforce de mémoriser du mieux que je peux étant donnée ma propension à faire – bien malgré moi – des trucs stupides. Mais le Dreadeux Organisateur de service a une fâcheuse tendance à marmonner dans sa barbe comme un chilien, ce qui ne m’aide pas, d’autant plus que j’observe du coin de l’œil une autre expédition qui commence son trajet dans les remous du Río Blanco, ce qui ne me rassure pas du tout vu les hauts et les bas qu’ils traversent. A ce stade là, j’entame les prières mentales pour le salut de mon âme de glandeur.
Une vénézuélienne et deux mexicains inconnus nous ayant rejoints en cours de route, il faut séparer la dream team en deux bateaux ; je me retrouve avec Charlotte, Thomas, Elsa et les nouveaux venus. Nous descendons le bateau jusqu’au bord du fleuve, où nous faisons un petit entraînement sur terre (quand je vous disais que ça ne rigolait pas). Notre capitaine à dreadlocks est une sorte de chamane mystique en parfaite communion avec le fleuve, les arbres et la montagne, ce qui est rassurant, et il est très sympathique. Par contre, Marcos (le seul qui s’y connaisse un peu dans ce genre d’affaires) se retrouve dans l’autre bateau : pas de bol. Je charge Charlotte de dire – si elle survit – à ma famille que je l’aime très fort, puis le Chamane donne le signal du départ. La sueur qui imprègne nos combis se glace. Glurps.
Le Rio Blanco (passage très
tranquille par rapport à ce qu'on a fait)
Une fois lancés dans le courant, la première impression est que « c’est pas si dur que ça ». En fait, leurs bateaux sont tout de même ‘archement bien foutus, et surtout stables : on a beau être assis sur le bord des boudins latéraux, on ne se vautre pas pour peu qu’on ait le pied bien coincé dans l’encoche prévue à cet effet. Nous voilà donc lancés ; les vagues deviennent de plus en plus grosses, et tout le monde est vite complètement trempé. Mais le Chamane nous tient d’une main de fer, à coups de « Adelante, dos ! », « Atrás ! », et autres « Adelante, con fuerza ! ». Au bout d’un certain temps, je ne réfléchis même plus à la signification des ordres et je les exécute automatiquement ; je découvre le côté jouissif de ramer tous ensemble, comme un seul homme, et j’en viens à espérer les plus énormes vagues pour ramer comme un perdu sous les cris de mon capitaine. Une fois passés les remous les plus violents, nous poussons sauvagement notre cri de guerre en levant nos pagaies au-dessus de nos têtes au signal du Chamane, qui nous félicite chaleureusement. Ouf. On peut alors se laisser plus ou moins dériver et admirer de chaque côté du fleuve les montagnes… Silence contemplatif, on sent bien que c’est un moment unique, alors on en profite. Quelques remous plus tard, on débarque sur la rive, incrédules lorsqu’on nous annonce que notre ballade d’une heure est déjà terminée. C’était trop bien.
C'est pas nous dans le bateau, mais
c'était pour que vous ayiez une idée du délire
Après avoir englouti sauvagement leurs sandwichs en polystyrène et attendu (en dormant, pour ma part) l’heure du retour vers Mendoza, les Andana Jones montent dans leur bus supersonique, avec la sensation du travail bien fait. Mission completed – To be continued…
Pour finir, je voudrais faire une big dédicace à tous les amis des ragondins et des bords de Loire en général : j’ai remarqué aujourd’hui que tous les pagayeurs du monde sont en communion spirituelle. Des ressemblances étranges existent en effet entre le kayakiste bouchemanceau et le fan de rafting à Mendoza : les deux sont tranquilles, savent apprécier les paysages magnifiques qui les entourent, font la fête dans leur base nautique et écoutent du reggae de qualité (un petit Burning Spear des familles nous attendait au retour à la base, génial). Ça fait plaisir à voir…
Un extrait de ce qu'on voyait sur les côtés pendant la descente
Le lac de
Potrerillos
Amis du soir, bonsoir.
Il
est présentement 5h31. Etant donné que je dois passer deux partiels demain, le premier étant à 8h30, vous comprenez pourquoi je me couche si tôt. On est Batman ou on ne l’est pas. Ne trouvant pas
le sommeil, je me suis décidé à me relever et à faire quelque chose de plus constructif que d’observer les dégradés de gris de mon plafond. C’est pourquoi, afin de m’occuper et de vous fournir
quelques informations de culture générale qui manquaient jusqu’ici cruellement à ce blog, je vous propose ce soir d’entamer la main dans la main un voyage périlleux mais passionnant à travers
l’histoire de l’Argentine, ce si beau pays qui m’accueille présentement. Allons-y donc pour l’Argentine pour les Nuls – Version abrégée, du silex à l’asado.
De – 10 000 à 1536. Colons et Cro-Magnons
Les premiers argentins (qui ne savent pas encore qu’ils le sont) débarquent dans la pampa aux alentours du IXe millénaire avant Notre Sauveur, après s’est tapé le voyage depuis l’Asie via l’Alaska (qui touchait la Russie à cette époque), la Californie, le Mexique, le Pérou et tout l’altiplano andin, tout cela sans l’aide de la Panamericana, ce qui constitue en soi une belle performance. Fatigués par tant de route, les Cro-Magnons argentins se reposèrent jusqu’à la conquête espagnole, pendant une longue période durant laquelle rien de notable ne fut inventé, sauf peut-être l’infusion de maté (cf. articles plus anciens).
Mapuches (sud de l'Argentine et du Chili)
Mais les choses étant ce qu’elles sont, et Christophe Colomb ayant expérimenté la 1ère transatlantique de l’Histoire sans tomber dans un grand précipice du à la platitude dela Terre, au grand dam des catholiques européens, la monarchie espagnole eut un jour la bonne idée d’envoyer quelques bateaux remplis de brigands et de hors-la-loi (les conquistadores), « voir si des fois y’aurait pas moyen de gratter quelques territoires », selon les manuscrits royaux de l’époque. Expédition couronnée de succès puisqu’en 1536 est fondée à l’embouchure du Río de la Plata une petite bourgade répondant au doux nom de Ciudad de Trinidad y Puerto de Santa María del Buen Ayre, un nom que l’usage et la commodité d’expression transformeront finalement en « Buenos Aires », ma foi bien plus commode. L’histoire de l’Argentine moderne est lancée, attention les yeux.
1536 - 1816. Le temps béni des colonies
L’histoire est lancée, certes, mais le départ est plutôt laborieux. La ville de Ciudad de Trinidad etc. est malheureusement assaillie par les sauvages Cro-Magnons dont nous parlions précédemment (rebaptisés « indiens » pour l’occasion, à la suite d’une malencontreuse erreur topologique). Les raids et autres pillages se suivent et se ressemblent, jusqu’à ce que la ville soit abandonnée par les colons. Le site demeure inoccupé jusqu’à ce qu’un entrepreneur venu du Paraguay, un certain Juan de Garay, entreprenne en 1580 de massacrer comme il se doit ces fourbes d’indiens, et fonde par la même occasion une deuxième fois Buenos Aires. Cette fois-ci, c’est du sérieux. Ce retour en force est en parfait accord avec la tendance historique du moment, à savoir la progression des espagnols et les massacres collatéraux d’indiens archaïques et recroquevillés sur leurs privilèges d’un autre âge. L’Espagne va finalement s’étendre sur un bon gros bout de territoire qui finira par occuper toute l’Amérique du Sud, à part quelques zones mal desservies de Patagonie. En 1776, alors que les treize premières colonies nord-américaines se font la malle, on crée en Amérique du Sud le système des vice-royautés. L’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay vont fusionner dans un marché commun appelé Vice-royauté du Río de la Plata.
Mais l’indépendance américaine, puis un peu plus tard la Révolution française vont donner des idées à quelques intellectuels latino-américains éduqués à grands frais dans les meilleures facs européennes : imprégnés de grands principes et d’anti-royalisme, ils se verraient bien à leur compte sur ce continent finalement beaucoup plus grand que l’Espagne, et surtout très loin. L’occasion fait le larron, et lorsque le Roi d’Espagne est fait prisonnier par notre bon Napoléon (1806), des voix commencent à s’élever et mettent l’indépendance à l’agenda public. Mais c’était sans compter sur ces traitres héréditaires que sont les Anglais, qui jouent les guerres napoléoniques dans l’autre camp, et qui profitent de toute cette pagaille pour débarquer à Montevideo et Buenos Aires, dans le but d’en faire des colonies anglaises.
Au début bien accueillies par la population qui commençait à se lasser de l’austérité espagnole, les troupes anglaises victorieuses sont finalement mises à la porte (enfin à la flotte en l’occurrence) par une coalition d’indépendantistes menée par un capitaine français, Jacques de Liniers, dont on ne sait pas très bien ce qu’il faisait dans le coin (1808). Cet ingénieux Liniers se fait même nommer vice-roi par intérim en l’absence de gérant pour la boutique argentine.
La vacance du pouvoir persiste, et en 1810 on emploie les grands moyens : la Révolution de Mai démarre pour proclamer une bonne fois pour toutes une indépendance qui se fait attendre. Le mouvement est enthousiaste et plein d’espoir, mais les espagnols et leurs partisans locaux n’ont pas dit leur dernier mot. C’est le début de la baston.
1816 - 1852. Le derby "fédéralisme - centralisme" tourne à l'affrontement
C’est la guerre officielle entre l’Amérique du Sud et l’Espagne, où le roi a retrouvé son trône à la chute de Napoléon et refuse de se laisser bouffer par les indépendantistes au nom de son droit divin. Il n’empêche, après une campagne pénible et coûteuse en vie de civils idiots mais pleins de bonne volonté, l’Argentine et l’Amérique du Sud vont être libérées définitivement de la souveraineté espagnole, grâce notamment au tandem Simon Bolívar/José de San Martín, qui libèrent chacun un demi-continent. San Martín gagne la moitié sud de l’Amérique du Sud lors d’un épique pierre/feuille/ciseaux avec son ami Simon, et se charge donc d’en chasser les royalistes et assimilés. En 1816 a lieu le Congrès de Tucumán (trou perdu du nord argentin), où est officiellement paraphé l’acte de naissance de la République Argentine, sous les hourras des survivants. San Martín, qui avait encore envie de castagner, part libérer le Chili avec son Armée des Andes. Déjà le chilien ne savait rien faire sans notre aide…
Le
Très Vénérable Général San Martin (qui n'était pas un rigolo, comme on le voit)
Une fois le pays libre, vous pourriez me dire que
les ennuis sont terminés, ce à quoi je vous répondrais « que dalle mon lapin ! ». Parce que, ici comme ailleurs, on a beau être du même pays, « on lit pas tous le même
journal » comme disait le poète. Et d’autant plus dans un contexte pareil, avec ce vide béant au sommet d’un Etat qui n’existe d’ailleurs même pas. Pour faire court, à partir de
l’indépendance commence une guerre civile toute aussi longue et coûteuse en vies de civils idiots que la précédente, une sorte de match entre Buenos Aires et la province, sur fond de baston entre
fédéralisme et centralisme. Un régal : des batailles à n’en plus finir, une foule de petits chefs de guerre locaux (appelés caudillos) et un pays complètement ingouvernable. Pendant
ce temps, les gauchos (cow boys de Patagonie) se la coulent douce en gardant leurs immenses troupeaux de bovins dans la pampa désertique, et forgent sans le savoir un bout de culture
nationale.
A partir de 1829 émerge la figure de Juan Manuel de Rosas, un type charmant bien qu’un peu autoritaire et pas franchement progressiste. Il gouverne la province de Buenos Aires, et pense par conséquent que les provinciaux sont des ploucs, ce qui ne lui fait pas que des amis. Mais cet homme a une poigne de fer et un habile talent à transformer les pires échecs en victoires nationales (que n’eut pas, par exemple, la junte militaire avec l’Affaire Malouines, mais n’anticipons pas). Ce talent inné va lui permette de transformer une sombre histoire conflit commercial avec la France et l’Angleterre en triomphe de la Nation Argentine. Malheureusement, ses pratiques un peu unilatérales lui créent pas mal d’ennemis un peu partout ; en 1852, une coalition de jaloux de tous poils lui colle une tannée à la bataille de Caseros. Normalement, à partir de là, l’Argentine est enfin unie. Amen.
1852 – 1916. Massacres d'indiens, décollage économique et tango : l'Argentine en bonne voie
L’année suivante de la victoire des jaloux, c'est-à-dire en 1853, l’Argentine se dote d’une constitution de compromis qui met en place une vraie république, au moins sur le papier, mais les divergences entre les jaloux incapables de s’entendre font qu’une nouvelle rébellion anti-capitale éclate, promptement matée par les républicains qui commencent à le lasser de ce petit jeu, ce qui y met un terme.
« Aurons-nous la paix, alors ? », me demanderez-vous. « Vous êtes naïfs », réponds-je avec un demi-sourire entendu. Enfin la paix, oui, certains l’auront : ceux qui ne sont pas des indiens. Et oui. Parce qu’une fois les rivalités entre descendants d’espagnols terminées, il faut bien trouver un autre ennemi à massacrer. Et comme il n’y a qu’eux, l’Argentine se tourne alors vers ses indiens, qui jusque là avaient réussi à se tenir plus ou moins à l’écart de la baston. Pas de chance pour eux, cette fois-ci c’est la baston qui va venir à eux, dans un grand élan d’unification nationale. En effet, le gouvernement argentin tolère mal d’avoir au-delà de ses frontières nord et sud des populations d’indiens qui, comme on l’a vu précédemment, sont restés fourbes et archaïques. Les provinces du Chaco et de Patagonie vont donc être le théâtre d’opérations militaires que des esprits mal placés et néo-marxisants-alter-mondialo-post-soixante-huitards qualifieront de « génocide », alors que les commentateurs de l’époque parlaient plutôt d’« explication virile » ou encore de « raffut ». Mais peu importe le débat terminologique, il convient après tout de préciser qu’en l’espace de quelques décennies, l’Argentine va faire disparaître presque entièrement ses populations indigènes (mais sans aucune mauvaise intention). A noter que c’est le seul pays d’Amérique Latine ayant atteint un tel degré d’extermination, les autres ayant massacré, mais sans plus.
En 1880, Buenos Aires est officiellement consacrée « capitale fédérale » sous les huées de la province et les ricanements méprisants des porteños (habitants de Bs. As.). La haine réciproque « capitale/province » n’est pas terminée pour autant, loin s’en faut.
Ces années-là sont aussi celles pendant lesquelles l’immigration européenne va se faire plus qu’intense, afin de peupler un pays un peu désert, il faut le dire (même en comptant les indiens survivants). Des Espagnols et surtout des Italiens débarquent donc par millions dans le port de Buenos Aires en important le Fernet Branca au passage, lequel port devient un grand lieu de melting-pot, car les Espagnols et les Ritals ne sont pas les seuls à affluer : on compte aussi des Allemands, des Français, des Russes, des Polonais, des Turcs, des Ukrainiens… on peut donc dire qu’à la fin du XIXe siècle, Buenos Aires est une sorte de New-York rive sud. C’est dans ce contexte un peu crado mais fort sympathique que naît le tango, aujourd’hui mondialement célèbre, mais à l’époque considéré comme une danse et une musique de rebelles, pratiquée essentiellement dans les quartiers pauvres. Le tango aurait été créé par des immigrés en crise de mal du pays, ce qui expliquerait l’atmosphère mélancolique qui l’imprègne bien souvent, et qui lui donne ce charme insurpassable, et qui fait de l’Argentine un pays trop plus mieux que le Mexique (par exemple). Le tango est aussi le chant de la frustration : il se danse souvent dans des bordels, en des temps très durs pour la gent masculine. L’immigration massive a en effet amené la capitale à une situation de trois hommes pour une femme, soit une conjoncture démographique potentiellement explosive. Heureusement, le mâle invente le tango pour se défouler, quitte à le danser entre hommes. Nous sommes alors à l’aube du XXe siècle, dans lequel nous plongerons avec bonheur, mais une prochaine fois. Il est 7h00 tout pile, je crois que je ne vais pas dormir. Je vais me faire un café. Bonne journée !
Le tango, danse de la séduction
Ici, Jean-Claude Dusse, sur le point de conclure
http://www.lepartidegauche.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=46&Itemid=94
Une fois sur la page, cliquez sur la vidéo appelée "Ripostes" : interview de Jean-Luc Mélenchon par Serge Moati dans l'émission du même nom sur la
5. Croyez-moi, c'est du lourd et ça remet du baume au coeur !
Bisoux internationalistes.
Pendant que j'y pense :
"Everyday the backet goes to the well - One day, the bottom will drop out".
Deux chupa-chups au bon rastafarien qui me donnera l'auteur de cette citation particulièrement profonde.
Quelles sont les conditions de vie dans un Centre de rétention administrative (CRA) où sont enfermés les étrangers en situation irrégulière en instance d'expulsion? Un petit livre répond à
cette question. Publié
par les éditions Libertalia (1), proches de la mouvance libertaire très investie dans la défense des
sans-papiers, il reprend un certaine nombre de témoignages de retenus enfermés à Vincennes. Ces récits ont été recueilli au téléphone par des militants associatifs proches de cette mouvance. Le
22 juin 2008, ce CRA, le plus grand de France avec ses 280 places, partait en fumée. Pour les associations de défense des sans-papiers, cet incendie allumé par des retenus n'était pas une
surprise. Les six mois précédents, les migrants avaient multiplié les actes de protestation: refus de s'alimenter, d'être comptés, tentative de suicide, affrontements avec la police. A
plusieurs reprises, la Cimade (association de défense des droits de l'homme) avait alerté l'administration sur la situation explosive dans ce centre. Le décès d’un retenu tunisien le 21 juin, à
qui l’administration aurait refusé les soins appropriés, a été l’élément déclencheur. Des retenus ont allumé mis le feu.
Vendredi 14 mars
«Je viens de m’embrouiller avec un flic. Un homme parmi nous est gravement malade. Il a une pneumonie depuis 2003. Il est venu en France pour consulter un médecin. Ils l'ont arrêté le 20
février. Il a un certificat médical attestant qu’il est malade mais ils s’en moquent. Le médecin du centre lui a juste donné du paracétamol. Le monsieur n’arrive pas à respirer et ils ne
veulent pas le soigner.»
« Cela fait douze jours que je fais la grève de la faim. Mon père est français. Il a été amputé de ses deux jambes. Je suis venu en France pour m’occuper de lui. La Cimade a écrit au juge,
mais il a demandé que je reste encore quinze jours ici.»
Dimanche 16 mars
«J’ai dit aux flics que j’étais mineur. Je leur ai demandé de m’emmener dans un centre pour mineur, mais ils m’ont emmené à l’hôpital. Ils m’ont fait un test osseux pour vérifier mon âge. Le
médecin a dit que j’avais 18 ans, mais moi, je suis mineur.»
«Ils ont ramené beaucoup de monde ce week-end. Ça a chauffé. Ils voulaient nous mettre à cinq par chambre. Les flics ont sorti leurs bâtons, l’un d’entre eux son pistolet.»
«Vendredi, on a tous déchiré nos cartes (d'identification, ndlr). On les a mises dans un sac que l’on a balancé à l’accueil. Suite à cela, ils ont mis deux personnes en isolement. Ils les ont
prises au hasard, parmi ceux qui parlent bien français. Les flics m’ont dit que j’étais un meneur, parce que je leur parlais au nom de tous. L’autre jour, ils nous ont tous rassemblés dans le
réfectoire pour nous compter. Il y avait beaucoup de flics et des chiens. On aurait dit qu’ils cherchaient quelqu’un qui s’est enfui (...). En ce moment, ils mettent beaucoup de coups de
pression. Ils nous traitent comme des chiens. La nuit, ils passent dans les chambres sous prétexte de chercher des gens. Mais ce ne sont que des coups de pression et des provocations. Ils
pourraient aller directement dans la chambre du mec qu’ils cherchent. Au lieu de cela, ils font toutes les chambres (...). Il est impossible de dormir. La nuit, ils claquent les portes. On entend
les aboiements des chiens de la brigade canine à partir de 4 heures du matin. Le matin, c’est le micro qui nous réveille.»
Mercredi 9 avril
«Les gens et les flics se foutent de la grève de la faim. Ils se foutent des sans-papiers. Ils s’en foutent si on crève. Les gens bouffent des lames de rasoir tous les jours et l’on n’entend pas
parler d’eux. Les petits trucs qu’on fait ne valent pas le coup. Il faut vraiment foutre le bordel pour leur mettre une vraie pression.»
«Pour refuser d’embarquer, un mec a eu une idée incroyable. Il s’est chié dessus. Il s’est tout étalé sur lui. Ils n’ont pas pu l’expulser. Ils l’ont ramené au centre. Le lendemain, ils sont venus le rechercher. Ils l’ont attaché avec du Scotch et ils l’ont enroulé dans du film plastique. Ils l’ont pris et ils l’ont expulsé comme ça.»
Lundi 14 avril
«Les flics nous donnent les rasoirs entre 8 heures et 10 heures du matin en échange de nos cartes. Pour pouvoir récupérer les cartes, on doit leur rendre le rasoir (...). Samedi, un mec
devait être expulsé vers l’Algérie. Pour ne pas partir, il s’est ouvert la jambe avec la lame du rasoir, en allant prendre sa douche. Il a failli se couper une veine. Ils l’ont emmené à
l’hôpital. Ils l’ont ramené hier soir. Je lui ai dit que c’était une connerie. Depuis que je suis ici, quatre ou cinq gars ont fait des tentatives de suicide pour ne pas être expulsés. Certains
se pendent, d’autres avalent des pièces de monnaie. Ceux qui refusent l’embarquement sont ramenés au centre pour être expulsés plus tard. Si je suis expulsé, je vais accepter. Quand c’est la
deuxième fois qu’ils tentent de t’expulser, ils te scotchent comme un animal et je ne veux vraiment pas partir scotché comme un animal.»
Jeudi 24 avril
«Un retenu a dit à la cuisinière qu’il ne mangeait que hallal. La cuisinière l’a insulté. Il a jeté son plat vers elle. Il ne pouvait pas l’atteindre car il y a un grillage entre eux. La
cuisinière a dit aux flics qu’il lui avait craché dessus, 20 policiers l’ont tabassé en dehors du champ des caméras. Il fait un mètre cinquante ! Ils l’ont bien amoché à coups de rangers sur le
visage. Ils ont même essayé de lui casser le poignet. Ensuite, ils l’ont mis une heure en isolement, avec les menottes très serrées. Il est sorti avec les poignets enflés.»
Jeudi 15 mai
«Depuis que je suis au centre, il y a eu au moins 10 personnes, toutes communautés confondues, qui se sont coupé les veines, entaillé les bras, les jambes, qui ont avalé des lames de rasoir
ou des clous. Un mec a préparé et avalé une potion à base de savon.»
Vendredi 16 mai
«La pression psychologique et physique est énorme et permanente. Si on ne présente pas notre carte de retenu, on peut être violenté. Un jeune homme faisait du sport dehors à 6 heures du
matin. Un policier est venu lui demander sa carte. Il lui a répondu qu’il l’avait laissée dans sa chambre. Le policier l’a attrapé par la nuque et l’a poussé au sol en l’insultant. Ils ne sont
pas polis avec nous (...). Pour moi, on est une sorte d’expérimentation pour l’école de police. Ils font des expériences sur nous. Et puis il y a les chiens de l’autre côté du centre, ils aboient
toute la nuit, comme si c’était un disque, c’est insupportable.»
Je suis un peu sidéré.
Je viens de découvrir la dernière personne qui a « fait le buzz », comme on dit de nos jours. J’adore cette expression d’ailleurs, faire le buzz. C’est génial : imaginez tous ces gens en train d’essayer de tirer le gros lot sur internet en postant leur bout de vie en vidéo ! « C’est quoi ton but dans la vie ? – Ah moi c’est faire le buzz ».
En même temps je comprends cette foule d'artistes en quête de reconnaissance, qui postent leur vidéo sur YouTube où on les voit en train de se faire des tresses dans les poils du torse ; ou de chanter la Marseillaise à l’envers et en gaélique : si ça fait le buzz, tu deviens une star pour le prix d’une webcam.
Mais bref. Je sais pas si vous le connaissez, mais le dernier buzzeur s’appelle Mickael Vendetta. C’est une espèce de minot blondasse qui s’habille en jet-setter, bouffi de prétention assumée, et qui a inventé le concept de « bogossitude », attention les yeux : « tu bois pas, tu fumes pas, tu fais du sport, et peut être un jour tu deviendras un réel beau gosse ». Mon portrait craché, vous l’aurez compris. A ce que j’ai compris, il pense faire carrière et devenir milliardaire en vendant ce concept ; moi je crois qu’on le lui a déjà piqué depuis longtemps. Enfin bon, peu importe, ce gars-là est exactement le prototype de notre chouette société de communication, de lasagnes surgelées et de buzzs sauvages. Certes, il est très con, mais il a au moins le mérite d’assumer sa connerie et sa prétention en la jetant explicitement à la figure des gens.
Et voilà t’y pas que, lors d’une de mes rares pauses-détente de ma vie surchargée, je tombe sur une vidéo YouTube au titre alléchant : « Mickael Vendetta humilié chez Cauet ». Tiens donc. Assumant mon voyeurisme et ma soif de sensationnel, je clique sur le lien, puis pars faire un squash le temps que ça charge (ma connexion internet n’est pas très vaillante ces temps-ci). Et bien laissez-moi vous dire que j’en ai eu pour mon argent ! A tout hasard, je vous colle le lien pour que vous voyiez par vous-mêmes : http://www.youtube.com/watch?v=NUY554ZYa_Q.
Pendant dix minutes, ce brave archétype du consommateur idiot, donc idéal, se fait littéralement ridiculiser sur le plateau de Cauet. Il faut préciser qu’en plus de Cauet, qui à mon avis joue au con plus qu’il ne l’est vraiment (faut dire qu’il est payé pour ça, aussi), le plateau était comme à l’accoutumée dans cette émission farci de pointures intellectuelles de premier plan, telles que Cindy Sanders (autre buzzeuse, tiens donc), ou Amel Bent. Voilà pourquoi, comme je le disais tout au début, je suis un peu sidéré. Nous sommes d’accord que l’émission de Cauet rentre dans la case « divertissement » de TF1, c'est-à-dire qu’elle a vocation à faire la promotion d’artistes géniaux – comme Amel Bent – tout en faisant glousser le téléspectateur avec quelques plaisanteries finement ciselées, du genre « bite ! », « couille ! », ou encore « j’ai la pinède en feu » (pour les débats les plus épiques).
Autant dire que ce bon Mickael Vendetta collait parfaitement dans le décor : il n’a rien fait de sa vie, il est titulaire d’un QI dans la moyenne de ceux des lamas chiliens, il porte des fringues de marque, met du gel, et il faudra bientôt acheter son single. D’accord, il est encore plus insupportable que les autres, du genre à se mettre tout le monde à dos, mais franchement, tout le monde autour du plateau sait bien que c’est encore un coup du Saint Buzz : plus tu dis de conneries, plus on parle de toi, plus tu vends. Et pourtant. Voilà qu’ils se mettent tous à faire leurs saintes-nitouches, du genre « oh mais t’es vraiment trop con » (venant d’Amel Bent j’aurais pas apprécié), ou alors « arrête de te la raconter comme ça ! ». J’avais envie de leur dire : « mais quoi, les mecs ? Il fait ça pour le fric, tout le monde ici en fait autant, Cauet le premier, c’est rien de plus qu’un créneau à occuper ! ». Mais non. Ce brave monsieur Vendetta (quel nom) s’est fait huer par le public, insulter par Amel Bent et par l’acolyte blonde et bête de Cauet dont je ne me rappelle plus le nom. La marmite qui se moque du chaudron, ou le biniou de la cornemuse. Alors, de deux choses l’une (j’ai toujours adoré cette expression) : soit c’est encore un coup monté par TF1, Sarkozy ou Benoît XVI et tout est bidonné, y compris la pseudo-réaction outrée des guignols de chez Cauet, soit la télé-merde et tout le système qui va avec a atteint un seuil d’immoralité qu’elle se refuse à dépasser, certes très élevé, mais existant. Je dois avouer que je ne sais pas laquelle de ces deux solutions me terrorise le plus…
En tout cas ça fait du bien de pas être en France dans ce genre de situation, ne serait-ce que pour ne pas en entendre parler au JT !
PS : pour vous rassurer, j’ai aussi regardé un débat Besancenot-Valls datant de fin 2007. Incroyable comment Valls se fait bouffer au niveau rhétorique par Besancenot : il est d’un chiant ce Catalan ! Le pire étant quand il annonce au bout de dix minutes de palabre-fleuve, prototypique du noyage de poisson politicien, que le PS doit gagner en clarté. Oh Manuel, si tu savais…
PPS : j'ai aussi vu une vidéo d'une émission de Moati sur l'intégration, où ce petit infâme de Zemmour dit des
choses tellement horribles ("l'immigration va faire exploser les nations européennes") que même Hortefeux assis à côté se tortille sur son siège tellement il est mal à l'aise. A moins que ce ne
soit le petit malien mangé à midi qui ne lui pèse sur l'estomac...
Quand je vous disais que c'était beau...
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