Lundi 1 juin 2009
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14:53
"C'est l'histoire... des planètes
Ces planètes sont tellement magnifiques...
Avec toutes ces petites étoiles gentilles et sympathiques"
Il me semble que ça faisait un bail que je n'avais pas fait un article de nuit blanche. En fait ça datait de ma première période "chauve-souris", où je vivais exclusivement la nuit. Je dois dire
que, bien malgré moi j'ai récidivé dans cette mauvais habitude : sur les cinq derniers jours, j'estime mon exposition photonique à une petite douzaine d'heures, ce qui vous en conviendrez n'est
pas beaucoup. Alors parlons d'autre chose.
C'est l'histoire de Lee Scratch Perry, recevant en son Très Saint Studio d'Enregistrement un jeune rastafarien plein de promesses mais encore fougueux, que nous appellerons Johnny pour plus de
comodité. Ils avaient passé l'après-midi à enregistrer la dernière composition de ce dernier, une chanson au texte engagé prônant l'amour de Jah comme solution au malheur engendré par Babylone
(elle n'eut malheureusement pas le succès qu'elle méritait, comme souvent dans ces cas-là). Mais nos deux compères étaient satisfaits du travail qu'ils venaient de réaliser, et discutaient
paisiblement dans le jardin, Johnny assis par terre et Lee sur son trône tout en PVC imitation platine. A un moment donné, le vieux Perry décida d'enseigner un peu de sa sagesse au jeune
Johnny.
- Regarde, Johnny, lui dit-il. Tu vois ce bocal ?
- Oui, répondit Johnny avec la révérence qui était dûe au grand sage.
- C'est déjà bien, répondit Lee Perry avec un sourire, car avec le dix-sept-feuilles que tu viens de rouler, ça n'était pas gagné d'avance. Mais là n'est pas le sujet de la leçon. Regarde bien,
Johnny (écarquillement de pupilles dilatées) : je vais le remplir.
S'exécutant, il ramassa quelques cailloux sur le sol de son jardin et les versa dans le bocal. Johnny, croyant que là était le sens de la démonstration de son maître, ricana bêtement. Mais le
grand Lee poursuivit :
- Ce bocal est plein, n'est-ce pas Johnny ?
- Oui, répondit Johnny béatement, ébahi des prouesses philosophiques de son maître.
- Eh bien non ! (sursaut de frayeur). Ce bocal n'est pas plein, et je vais te le prouver.
- Mais comment est-ce possible, s'aventura à demander le disciple.
Et comme rien ne vaut l'expérience, Lee ramassa alors du sable par terre, et en emplit le bocal. Bien plus fin que les cailloux précédemment introduits, le sable emplit les interstices jusqu'à
remplir le bocal à ras-bord. A ce stade de l'histoire, on ne peut que se féliciter du fait que Johnny ait été assis avant de commencer la leçon, car son ébahissement se faisait plus grand à
chaque minute.
- Et voilà, reprit le maître. Maintenant, ce bocal est plein ! Tu es d'accord, Johnny ?
- Ah, maintenant, oui, s'écria Johnny qui croyait avoir enfin tiré le fin mot de l'histoire.
Lee ralluma sa longue pipe de roseau, toujours souriant. Après qu'il en eut tiré deux ou trois beaux nuages blancs, il décida de porter le coup fatal au psychisme de son élève.
- Mon cher Johnny, je peux t'assurer que pourtant, ce bocal n'est toujours pas plein, regarde plutôt.
Il se saisit de la bouteille de Kronembourg posée sur la table basse du jardin, et la vida dans le bocal. La bière, encore plus fine que le sable bien entendu, emplit le récipient dans sa
totalité. Johnny resta alors dans un état de prostration complète, et tira fébrilement sur la pipe que lui tendait son maître pour le réconforter. Incapable d'émettre le moindre son, il attendit
que Lee tire la conclusion de cette magistrale leçon.
- Vois-tu, Johnny, ce qu'il faut retenir de cette expérience, c'est cela : aussi remplie que soit ta vie, il y aura toujours de la place pour une petite Kro ! Pas mal, hein ? Maintenant, va me
chercher quelques goyaves dans la cuisine, tu seras bien bon.
Johnny, méditant profondément sur ce nouvel enseignement, alla chercher les goyaves comme le lui avait demandé son maître.
Moralité : Johnny was a good man.
"Si on est bon sur la Terre, la force centrifuge.
Si on est mauvais sur la Terre, la nature nous détruira !"
Par Tisto
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