Il y a maintenant presque 365 jours que je vis chez toi. Cela signifie que je suis sur le point de te quitter. J’aurais envie
de te dire mille choses, bien que ça risque d’être difficile. La première de ces choses est un immense merci, un merci grand comme ta pampa et le ciel qui va avec, grand comme l’Aconcagua et
mes Andes adorées, large comme l’avenue Nueve de Julio dans la plus grande de tes villes. Parce que de semaine en semaine, j’en ai accumulé des moments, des phrases, des bouts d’images qui
tiennent à peine dans ma boîte crânienne. Je pourrais dire « j’ai beaucoup appris », mais en même temps j’apprends tous les jours depuis que je suis né. En vivant ici, disons que j’ai
appris des choses différentes.
Bien entendu, je ne peux pas dire que ça ait toujours été facile. Très souvent, je me suis posé la question fatidique :
« mais qu’est-ce que je fous là ? ». Ce n’est pas grave ; il paraît que ça arrive à tout le monde, d’autant plus quand on est loin de chez soi. Et c’est vrai que tenter
l’ailleurs alors qu’on a déjà l’ici, ce n’est pas évident en soi. Souvent, j’ai eu l’impression de tourner en rond, de ne pas trouver ce que je cherchais ; sans doute que je ne savais pas
vraiment ce que je cherchais, ce qui – tu en conviendras – n’aide pas à trouver. Alors j’ai marché dans tes rues, j’ai exploré tes villes, j’ai parlé ta langue. J’ai fait la sieste. J’ai pris
tes bus. J’ai appris à me réjouir de n’avoir que 15h de trajet. J’ai mangé ta nourriture. J’ai bu ce machin que tu appelles « bière » et qui en vient à vous faire regretter la
Kronenbourg ; j’ai aussi bu cette chose, mi-médicament mi-produit ménager baptisé Fernet. Je me suis demandé qui pouvait boire ça ; j’en suis devenu accro. Et à force de chercher,
marcher, explorer, parler, dormir, manger, boire, un beau matin je me suis réveillé, et il s’était passé un truc de dingue : j’étais chez moi. Pas de passage, en vacances, en visite :
chez moi. Et ça, c’est vraiment dingue. Je ne sais toujours pas à quoi ça tient, mais le fait est que ça marche.
En vivant chez toi, j’ai connu tes habitants. Ça non plus n’a pas été facile, parce que Dieu sait qu’ils ne sont pas aisés à
connaître vraiment. Mais j’ai fini par en trouver, et des bons. Des non-argentins aussi, au premier rang desquels une masse de français assez incroyable. Il a fallu apprendre à gérer cela
aussi. Et puis en vrac : des colombiens, des chiliens, des brésiliens, des anglais, un autrichien et même un australien, et j’en oublie. Dieu sait aussi que dans ce vrac y’a des gens
biens. Ça me fait penser que j’ai aussi profité de vivre chez toi pour rendre visite à tes voisins : le frère ennemi chilien, la petite cousine bolivienne. J’ai pu me rendre compte à
quel point vos relations n’étaient pas simples, à quel point mon Union Européenne n’est pas une chose naturelle. J’ai aussi vu une télévision honteuse et une politique crapuleuse. J’ai
suivi les empoignades de tes gouvernants et je suis devenu pinguïniste ; j’ai regardé tes reportages sur les braquages, les meurtres et autres détournements de mineurs, et j’ai presque eu
peur. Mais je ne te fais pas la leçon : vu la télé et les politiciens que j’ai chez moi, ce serait déplacé.
Bon, j’aurais encore un million de choses à te dire, cent mille mercis pour chaque sourire et chaque image que j’ai vu par
ici, pour les conneries que j’entends raconter Luciano et Alejandro de l’autre côté de ma porte au moment même où je t’écris et qui me font me marrer comme un débile. Malheureusement le temps
me manque pour tout raconter, et encore plus pour voir tout ce qu’il me faudrait voir. La solution serait de revenir te visiter. Pour le moment, je n’en sais rien. Mais j’avoue avoir du mal à
m’imaginer ne jamais plus te revoir. Alors comme on dit chez toi : ciao, nos vemos ! ».
*
* *
Voilà, ce blog est terminé. Il n’est pas dit qu’il n’y ait pas un tome 2 un de ces jours ; en attendant, un grand merci à
tous de m’avoir lu pendant un an. Je me rends compte en fait que cette page, qui était avant tout destinée à donner des nouvelles, m’a permis (très égoïstement) de me raconter à moi-même mes
aventures, ce qui ne veut pas dire que j’y ai menti, mais que le fait de raconter permet de donner un peu de sens à plein d’expériences en bordel. Voilà, c’était la pensée du jour, sur http://tistoenmendoza.over-blog.com. La rédaction vous souhaite une agréable journée. A très vite.
Tisto
Remerciements sincères :
A toutes celles et tous ceux qui ont lu ce blog, d’autant plus s’ils ont pris le temps de m’y laisser un petit commentaire. En
vrac : Mamita, Papito, les frangins, Chéchette, Pikool, Pedrito, Tess, Lambert, Rafifouille la fripouille, Patrick, Titibou, Pascal le yukka, el Pata, la Boubou, Z, RogerIsBack, Serge
Plantier, Valou, Ouss, Silje, Twinette, Edith, onc’Fé, tonton Pitard, Guéguet, Gregyou, sa grande sœur Vio, Lae, et ceux que j’oublie bien entendu.
Spécial cassedédi et big up :
Chupete Suazo pour sa précision footballistique et sa punkitude jamais démentie,
Mister Van Tanguito pour les nouvelles de Secret Story et pour son méthodique pointage de mes inepties,
Oteur2Tjours pour ses conseils journalistico-psychoanalytiques,
Et bien entendu la Mamacita, visiteuse n°1, pour son soutien indéfectible.
Pour la première fois depuis mon arrivé en Argentine, cet article ne vous est pas adressé depuis la table de la cuisine du rez-de-chaussée de Juan
B. Justo 1026, 5501 Godoy Cruz - Provincia de Mendoza, República Argentina, autrement dit ma maison durant 11 mois et deux semaines. En effet, les embrouilles immobilières et autres déceptions
nous ont poussé à émigrer, à deux semaines seulement de la fin du séjour. Fort heureusement, Mendoza est une ville pleine de gens sympathiques, et nous voilà désormais hebergés sur l'avenue
Aristides (rue des bars branchés s'il vous plait), chez des copains en coloc. Nous partageons désormais notre maison avec Luciano le cuisinier hype et Alejandro, apprenti oenologue colombien
(mais heureusement pas regardant sur la qualité du breuvage dans la vie de tous les jours). De l'autre coté du jardin (il y a un jardin, pas un patio, ca change tout), une 2e maison avec un autre
Luciano (un con), Silvia (Colombie également) et Adrien, excellent camarade Chti. C'est donc très cool tout ca, meme carrément flex pour tout dire, d'autant plus que Estudiantes La Plata, emmenés
par un Verón pas du tout fini, a remporté la Copa Libertadores (Ligue des Champions AmSud) contre les brésiliens de Cruzeiro ; pour ceux que ca intéresse, Vélez Sarsfield est champion d'Argentine
cette année malgré la grippe porcine, et Maradona va bientot passer en procès pour avoir embouti une cabine téléphonique il y a trois ans (mais il faut pas en parler). Fin de la page sports.
A part ca, évidemment c'est les derniers mètres de la dernière ligne droite a Mendoza. Pas mal des potes qui étaient en séjour d'études sont déja partis, mais l'arrière garde ne se rend pas pour
autant. La dernière despedida en date a vu la création d'un groupe de human beatbox franco-colombien qui, maglré un répertoire pas encore tres étendu (une heure de "Hit the road, Jack" entre 4 et
5h du matin), devrait bientot triompher dans toute l'Europe et l'Amérique du Sud. Sinon, j'ai dignement représenté les Pays de la Loire hier soir lors d'une partie de "Triman", une sombre affaire
de dés et de godets, contre Alejandro et Luciano. C'était assez épique, du coup aujourd'hui on fait relache avant l'asado du dimanche qui nous attend demain. Comme quoi les bonnes habitudes ne se
perdent pas.
A moins de 15 jours de mon départ, j'essaie de faire abstraction et de continuer a rigoler sans me poser trop de questions betes (pas toujours facile, bien sur). Je ferai un dernier article avant
de partir histoire de vous donner mon état d'esprit une dernière fois avant le décollage. Merci à celles et ceux qui continuent de consulter ce blog malgré que j'y poste moins depuis un certain
temps, vos commentaires c'est toujours autant de bonheur en barre. Des gros bisoux a tous, a très vite maintenant.
C’est vrai : tout le monde s’en cogne, et les principaux intéressés les premiers. Mais j’y peux rien, j’ai
quand même envie de vous raconter les élections législatives que s’est offerte la République Argentine en ce beau dimanche hivernal. Il faut dire que ça fait plus d’un mois qu’on est envahis de
tracts et d’affiches, aux slogans tous plus corrosifs les uns que les autres. A tel point que j’attendais vraiment ce jour d’élections, pas tant pour connaître le résultat mais surtout pour
qu’ils nous dégagent les murs de Mendoza des tronches de comptable en course pour ce scrutin. Parce qu’ici les affiches ne sont pas sur de très vénérables Panneaux de la République installés là
exprès : y’en a partout. Partout. Du coup je peux vous dire que je commençais à en avoir marre d’être persécuté par les deux grosses têtes d’Omar Félix et Adolfo Bermejo, candidats
péronistes à la chambre des députés et au sénat, à tel point que j’en venais – je le confesse - à arracher des bouts de leurs affiches en rentrant de soirée.
Il y aurait bien sûr une encyclopédie à écrire pour parler de la vie politique argentine. Si vous trouvez que
c’est le bordel chez nous, venez faire un tour ici, ça défie l’imagination humaine. Mais évidemment, je n’ai pas le temps de tout raconter en détail, et de toute façon je dirais sans doute des
bêtises, alors je vais essayer de faire court. Première question : qui étaient les forces en présence ce dimanche ?
La première d’entre elles est le Parti Justicialiste (PJ), au pouvoir depuis 2003 avec les présidences
successives de Nestor Kirchner, puis de son épouse la ravissante Cristina, depuis 2007. Les justicialistes sont le fragment principal de ce qu’on appelle le péronisme, c'est-à-dire les gens qui
se revendiquent de l’héritage de Juan D. Perón, une sorte d’équivalent historico-médiatique de notre bon vieux Charles De Gaulle. Ils se disent protecteurs de la justice sociale et défenseurs des
pauvres, mais il faut bien reconnaître que c’est avant tout un fonds de commerce. Un péroniste qui se respecte est capable de défendre n’importe quelle mesure si elle lui permet de rester au
pouvoir, ce qui fait que depuis des décennies, le péronisme forme une sympathique nébuleuse médiatico-politico-financière. Heureusement, ce ne sont pas les seuls à piquer dans la
caisse.
Leurs grands concurrents de toujours sont les radicaux, représentés à cette élection par « l’Accord
Civique et Social », grande coalition de centre-mou, de fait tout sauf radicale, opposée au gouvernement Kirchner. Là où ça devient drôle, c’est que la tête d’affiche menant tous ces
mécontents n’est autre que Julio Cobos, actuel vice-président de la République Argentine et donc théoriquement un pote de Cristina. Ajoutons à cela qu’il avait justement trahi les radicaux pour
devenir vice-président en 2007, avant de revirer de bord il y a quelques mois, abandonnant sa présidente en rase campagne pour acquérir l’intéressante position de n°2 du régime tout en étant l’un
des principaux leaders de l’opposition. Je sais pas vous, moi je trouve ça fascinant. Pour ces législatives de 2009, Cobos et ses amis n’ont pas de programme mais comme les Kirchner sont
relativement impopulaires on est plutôt confiant.
Troisième force principale en course : une droite libérale tout ce qu’il y a de plus classique, sans
surprise mais efficace. Elle est menée par le PRO (Projet Républicain) de Mauricio Macri, une sorte de Bernard Tapie en argentin. Le garçon est un brillant entrepreneur, ainsi que maire de Buenos
Aires, mais qui s’est également fait connaître en tant que fumeux président de Boca Juniors, qui est faut-il le rappeler le plus grand club argentin (quoi qu’en disent les supporters de River
Plate). Bref, encore un homme intègre ayant réussi par sa seule force morale. Lui non plus n’aime pas le gouvernement, et aimerait rendre la prospérité à ce grand pays qu’est l’Argentine. Bon, le
truc c’est que le PRO pense solutionner la crise mondiale par la libéralisation accrue de l’économie ; c’est pas de la mauvaise volonté, simplement ils ont toujours réfléchi comme ça, alors
c’est pas facile de s’adapter du jour au lendemain.
Hormis ces trois forces (PJ, radicaux, PRO), il y a bien entendu une myriade de partis avec plus ou moins
d’importance (plutôt moins que plus) : des coalitions qui n’existent que dans certaines provinces, des dissidents péronistes, des socialistes sans aucun poids, et même des hurluberlus qui
font campagne sur le slogan « que les capitalistes paient leur crise ». Le décor est planté, on peut donc y aller.
Comme je vous l’ai dit, je m’étais fait une joie anticipée de ce scrutin, parce que les soirées électorales
c’est un peu mon dada, d’autant plus que je voulais voir comment ça se passe sous d’autres latitudes. Je m’étais donc couché la veille à une heure raisonnable (avant 8h du matin en tout cas), et
je me suis donc levé à l’aube pour ne rien perdre du suspense (avant 17h30 quoi qu’il en soit). J’allume ma télé, me colle sur C5N, chaîne d’actualité, et mets de l’eau à bouillir pour le maté.
Je peux vous dire qu’il y a un truc universel dans les soirées électorales, c’est ce moment qui (j’imagine) cause l’angoisse de tous les journalistes politiques, où le vote n’est pas clos, où la
loi interdit de révéler les sondages sortie des urnes, mais où l’émission à déjà commencé. Alors, il faut meubler. Pour ça, on a des astuces passe-partout qui marchent relativement à tous les
coups : montrer des personnalités politiques en train de voter, par exemple. J’ai donc pu voir la Présidente Cristina toute sourire, en train de glisser son bulletin dans l’urne dans son
petit bureau de vote à Río Gallegos, j’étais ravi.
Après, il y a l’inévitable chiffre de la participation, qu’on commente et re-commente à satiété jusqu’à l’heure
fatidique. Aujourd’hui, et bizarrement étant donnée la qualité du débat politique argentin, celle-ci était malheureusement basse, autour de 60%. C’est là où j’ai définitivement compris que la
télé argentine était vraiment un monument de qualité et d’investigation. Le sommet de l’analyse politique a été atteint lors d’une de ces sempiternelles discussions sur le fatidique taux :
les deux journalistes s’accordaient en effet à expliquer la faiblesse de la participation par deux raisons majeures, à savoir la peur de la grippe porcine et surtout… le froid ! Eh oui, qui
va aller s’emmerder à mettre un manteau pour rejoindre son bureau de vote et choisir ceux qui mèneront la politique de la nation. On est en hiver ici, je vous rappelle. Enfin voilà, j’étais tout
simplement ébahi. D’ailleurs, un troisième journaliste les a rejoints à un moment, à qui ils ont soumis leur intéressante théorie, il était tout à fait d’accord.
Enfin, il y a le passage des « insolites », particulièrement développé ici (la télé argentine aime le
grand spectacle). Et c’est parti pour « la plus vieille votante du pays » (101 ans, bravo madame), ou encore « un aveugle en train de voter » (truc de fou).
Bref, ça s’annonçait plus que bien. Et puis à 18h pile, les bureaux de vote ont fermé, et on a enfin pu commencer les choses sérieuses. Depuis une heure, ces deux enfoirés de journalistes nous
faisaient saliver en mode « eheh, nous ne sommes pas autorisés à les révéler pour le moment, mais nous avons en main des chiffres extrêmement intéressants et des résultats inattendus,
restez en ligne ». Tu parles d’un scoop, le moment venu ils nous ont sorti les estimations de scores à Buenos Aires et dans sa province, seul chiffre en leur possession avant 18h30 au
moins, qui du coup a été amplement commenté lui aussi. Voilà ce qu’on a donc su : le PRO remporte largement la victoire dans Buenos Aires – capitale fédérale, avec des péronistes enfoncés
autour de 12% seulement (4e position), alors que Nestor Kirchner (PJ) devance son rival Francisco De Narváez (PRO également) au niveau provincial. Et comme ces journalistes étaient
vraiment de grands professionnels, la moitié de l’info était erronée : en fait, le gros Nestor (alias « le Pingouin ») est devancé de deux points par l’infâme De Narváez
(ex-péroniste passé à l’ennemi), mais ça on ne l’a su que plus tard.
S’en est suivie une intéressante séquence de dépouillement en temps réel, genre « et nous sommes avec
Alberto García en direct du bureau n°125 à l’école primaire Carlos Pellegrini, nous avons les résultats définitifs pour les 208 suffrages exprimés ». Du scoop encore une fois, donc. Et
ainsi de suite un peu partout, mais très souvent à Buenos Aires ; si tu cherches les résultats de Neuquén faudra repasser la semaine prochaine. Pendant ce temps, un guignol tripotait un
écran digital, dernier cri technologique, pour jouer avec les provinces et les classer en fonction du parti en tête, classement qu’il était obligé de réviser toutes les dix minutes au fil des
nouveaux résultats. L’avantage, c’est que ça a bien rentabilisé l’investissement de la chaîne dans ce fameux écran tactile, qui apparaissait du coup très fréquemment. Ah oui, il faut aussi
attribuer la palme de la phrase la plus con de la soirée à Hugo Moyano, leader de la CGT argentine (des péronistes eux aussi), qui nous a révélé en exclusivité qu’avec cette élection,
« certains chemins allaient s’ouvrir, et d’autres se fermer ». Attention les yeux, c’est du lourd.
Et puis au fil des heures, on a commencé à avoir des résultats dignes de ce nom, et le verdict est tombé :
c’est plutôt une raclée pour le couple Kirchner, au profit principalement des radicaux, et du PRO à Buenos Aires avec un beau doublé « ville/province ». Cobos étant un enfant du pays,
ses listes sont plébiscitées à Mendoza avec un triomphe écrasant d’Osvaldo Sanz (député) et Ricardo Mansur (sénateur). Malgré cela, les péronistes ne devraient pas avoir trop de mal à continuer à
gouverner vu qu’une moitié de l’Assemblée et un tiers seulement du Sénat se renouvelaient ce soir. Enfin quand je vous le dis comme ça, ça paraît évident, mais ça l’était pas tant que ça, étant
donné que chaque camp a passé quelques heures à revendiquer une victoire complète. Les reportages en direct des « bunkers » de chaque camp (QG de campagne en bon français) montraient
tous des foules en délire et des discours triomphants. Rajoutez à ça que certaines provinces clé comme Buenos Aires ou Santa Fé ont été très serrées jusqu’à tard, vous comprendrez que j’étais un
peu perplexe. Bon, au bout d’un moment, il a bien fallu se rendre à l’évidence, et Nestor le Pingouin a fini par monter sur scène au bunker de son camp, pour expliquer aux centaines de Jeunes
Péronistes qu’en fait, non, c’était plutôt une branlée. Eux s’en foutaient (je pense qu’ils étaient saouls), ça ne les a pas empêché de faire la fête jusqu’à deux heures du matin et de faire un
triomphe à Nestor pourtant porteur de mauvaises nouvelles. Il faut dire qu’il a fait un beau discours, Nestor. Il a montré à quel point les péronistes étaient des gens intègres puisqu’ils
reconnaissaient la victoire de leurs adversaires, alors qu’il n’y avait que deux points de différence dans sa province par exemple, et qu’il aurait tout à fait pu lancer des accusations de fraude
électorale. Mais non, Nestor et ses amis sont des gentlemen, ils applaudissent les vainqueurs. De toute façon leur seule préoccupation est la démocratie, saluée comme grande gagnante de la
soirée. A 40% d’abstention, il fallait le rappeler, c’est important.
De leur côté, les radicaux se mettaient une cuite au panach’ pour fêter le fait d’être désormais « la
2e minorité du pays » (ces gens sont des ambitieux). Le PRO était nettement plus bling-bling avec show à l’américaine, embrassades et discours victorieux des infâmes Macri et
De Narváez. Et de promettre de tout faire pour ramener la prospérité et l’emploi en Argentine, et l’amener à faire partie des premières nations du monde. Du lourd, vous disais-je, du
lourd.
Moi, j’ai éteint la télé, plutôt content de l’expérience. Au fond, une soirée électorale argentine est à
l’image de la vie politique du pays : un grand cirque sans beaucoup de contenu, mais tellement sympathique. Et puis après tout, vus la masse de problèmes chroniques que se tape ce pays,
mieux vaut en rire. Sinon on risquerait vraiment de s’énerver.
Il fallait que je vous parle de quelque chose qui depuis le début de l'année s'est passé à déjà de nombreuses reprises, et qui se produit de plus
en plus ces temps-ci : la despedida. Pour ceux qui connaissent pas ou qui ne parlent pas espagnol, une despedida est un genre de fête spécial, que l'on organise lorsque quelqu'un s'en va, pour
dire au revoir. Et étant donnée la bonne concentration d'étrangers (dont de français) à Mendoza, laissez-moi vous dire que je commence a en avoir fait un paquet.
Comment ça marche, une despedida ? Eh bien disons que c'est le genre de fête que l'on ne rate pas à moins d'avoir une bonne grippe porcine, et encore. Vu que c'est une occasion, on ramène
toujours une bouteille en plus, au cas où (bord de Loire assure ses arrières, toujours). A la limite on peut même faire péter dans le registre bouteille de luxe. Et puis on se met en route et
c'est parti. Toute la question réside alors dans le fait de ne pas s'enflammer trop vite pour finir à 3h avant tout le monde endormi dans le canapé. Non, le but ultime du gentleman se rendant à
une despedida est de despider jusqu'au bout de la nuit, c'est à dire jusqu'à ce que celui/celle qui se despide aille se coucher ; alors la mission est accomplie. Et laissez-moi vous dire que ce
n'est pas facile tous les jours : étant donné le caractère euphorico-exceptionnel de la fête (non pas qu'on soit content que la personne s'en aille, bien entendu), et ses tendances
émotionno-tripales, il faut savoir doser l'effort tel un athlète kényan en marathon. Pour ça, chacun sa technique ; l'art d'assurer ses arrières y atteint des sommets. Si vous voyez moins de
quatre personnes discuter dans un coin avec des airs de conspirateurs, c'est qu'ils sont en train de planquer une bouteille. La rumeur dit même que certains despideurs les plus astucieux vont
jusqu'à cacher leur vodka dans le tambour de la machine à laver.
Mais la despedida n'est bien entendu pas qu'une affaire de liquide. C'est aussi avant tout l'occasion de faire un grand au-revoir général à la personne despidée. On peut échanger ses mails, se
faire des gros câlins d'adieux, offrir un cadeau. On peut même faire de multiples despedidas, histoire d'être sûr. Ou alors une despedida d'un week-end ! On se demande si on se reverra ; réponse
dans les mois qui viendront. Quoi qu'il en soit, une despedida réussie doit offrir son lot de trinquages à l'amitié éternelle entre les gens et les peuples, de papotages de couloir et autres
clopes de lever de soleil une fois tout le monde couché. C'est pour ça que c'est toujours plutôt chouette. Inch Allah, je me despiderai sur une de ces fiestas légendaires, et la machine à laver
aura quelque chose pour moi sur le coup de 7h.
Avec un gros big up à celles et ceux qui se sont despidés et qui se despideront bientôt.
"C'est l'histoire... des planètes
Ces planètes sont tellement magnifiques...
Avec toutes ces petites étoiles gentilles et sympathiques"
Il me semble que ça faisait un bail que je n'avais pas fait un article de nuit blanche. En fait ça datait de ma première période "chauve-souris", où je vivais exclusivement la nuit. Je dois dire
que, bien malgré moi j'ai récidivé dans cette mauvais habitude : sur les cinq derniers jours, j'estime mon exposition photonique à une petite douzaine d'heures, ce qui vous en conviendrez n'est
pas beaucoup. Alors parlons d'autre chose.
C'est l'histoire de Lee Scratch Perry, recevant en son Très Saint Studio d'Enregistrement un jeune rastafarien plein de promesses mais encore fougueux, que nous appellerons Johnny pour plus de
comodité. Ils avaient passé l'après-midi à enregistrer la dernière composition de ce dernier, une chanson au texte engagé prônant l'amour de Jah comme solution au malheur engendré par Babylone
(elle n'eut malheureusement pas le succès qu'elle méritait, comme souvent dans ces cas-là). Mais nos deux compères étaient satisfaits du travail qu'ils venaient de réaliser, et discutaient
paisiblement dans le jardin, Johnny assis par terre et Lee sur son trône tout en PVC imitation platine. A un moment donné, le vieux Perry décida d'enseigner un peu de sa sagesse au jeune
Johnny.
- Regarde, Johnny, lui dit-il. Tu vois ce bocal ?
- Oui, répondit Johnny avec la révérence qui était dûe au grand sage.
- C'est déjà bien, répondit Lee Perry avec un sourire, car avec le dix-sept-feuilles que tu viens de rouler, ça n'était pas gagné d'avance. Mais là n'est pas le sujet de la leçon. Regarde bien,
Johnny (écarquillement de pupilles dilatées) : je vais le remplir.
S'exécutant, il ramassa quelques cailloux sur le sol de son jardin et les versa dans le bocal. Johnny, croyant que là était le sens de la démonstration de son maître, ricana bêtement. Mais le
grand Lee poursuivit :
- Ce bocal est plein, n'est-ce pas Johnny ?
- Oui, répondit Johnny béatement, ébahi des prouesses philosophiques de son maître.
- Eh bien non ! (sursaut de frayeur). Ce bocal n'est pas plein, et je vais te le prouver.
- Mais comment est-ce possible, s'aventura à demander le disciple.
Et comme rien ne vaut l'expérience, Lee ramassa alors du sable par terre, et en emplit le bocal. Bien plus fin que les cailloux précédemment introduits, le sable emplit les interstices jusqu'à
remplir le bocal à ras-bord. A ce stade de l'histoire, on ne peut que se féliciter du fait que Johnny ait été assis avant de commencer la leçon, car son ébahissement se faisait plus grand à
chaque minute.
- Et voilà, reprit le maître. Maintenant, ce bocal est plein ! Tu es d'accord, Johnny ?
- Ah, maintenant, oui, s'écria Johnny qui croyait avoir enfin tiré le fin mot de l'histoire.
Lee ralluma sa longue pipe de roseau, toujours souriant. Après qu'il en eut tiré deux ou trois beaux nuages blancs, il décida de porter le coup fatal au psychisme de son élève.
- Mon cher Johnny, je peux t'assurer que pourtant, ce bocal n'est toujours pas plein, regarde plutôt.
Il se saisit de la bouteille de Kronembourg posée sur la table basse du jardin, et la vida dans le bocal. La bière, encore plus fine que le sable bien entendu, emplit le récipient dans sa
totalité. Johnny resta alors dans un état de prostration complète, et tira fébrilement sur la pipe que lui tendait son maître pour le réconforter. Incapable d'émettre le moindre son, il attendit
que Lee tire la conclusion de cette magistrale leçon.
- Vois-tu, Johnny, ce qu'il faut retenir de cette expérience, c'est cela : aussi remplie que soit ta vie, il y aura toujours de la place pour une petite Kro ! Pas mal, hein ? Maintenant, va me
chercher quelques goyaves dans la cuisine, tu seras bien bon.
Johnny, méditant profondément sur ce nouvel enseignement, alla chercher les goyaves comme le lui avait demandé son maître.
Moralité : Johnny was a good man.
"Si on est bon sur la Terre, la force centrifuge.
Si on est mauvais sur la Terre, la nature nous détruira !"
Keny Arkana, rappeuse argentino-marseillaise qui a le mérite de ne pas prendre de gants pour dire ce qu'elle a à dire. Et ça fait du bien ces
temps-ci.
N'hésitez pas à aller écouter le reste sur deezer.com, ça vaut le coup.
Raymond Domenech me le disait hier encore sur Skype : "ça fait longtemps que ça n'a pas causé foot sur ton blog !". Il a pas tort, Raymond. Mais ça
tombe bien, je vais vous dire, parce que je reviens de l'Irish Pub, qui en dépit de son nom banal à faire pleurer un korrigan, est un bar de qualité s'étant donné la vocation de diffuser
l'intégrale de la Ligue des Champions version 2008-2009, dont la finale se déroulait comme vous le savez tous cet après-midi.(pour cause de décalage horaire bien sûr). Barça-Manchester, c'est le
genre d'affiche à vous faire sortir de votre fauteuil pour aller regarder tout ça près d'un comptoir en beuglant avec des frères de maillot.
Je dois préciser également que, s'il est une chose que m'aura apporté cette année d'échange universitaire en Amérique du Sud, c'est bien la possibilité de suivre avec une réelle assiduité cette
magnifique compétition qu'est la Ligue des Champions. C'est bien simple : hormis la phase de poules, j'ai visionné au moins deux matchs de chaque tour, des 8e de finale à la finale de tout à
l'heure. Je n'avais jamais autant suivi une Ligue des Champions de toute ma vie, et c'est génial de s'y intéresser de A à Z ; plutôt que d'arriver à la bourre chez vos amis un mercredi soir de la
fin du mois de mai, un pack de bières à la main, en demandant distraitement "y'a qui déjà dans cette finale ?", eh bien vous suivez la compétition comme une épopée, un récit épique qui ferait
passer l'Odyssée d'Homère pour du Oui-Oui. Vous vous faites vos coups de coeur, vos petits protégés, des ennemis héréditaires. Et je peux vous dire que quand est arrivée la finale, de longs
mois de séances régulières à ce fameux Irish Pub en compagnie de mes petits camarades avaient fait de moi un connaisseur émérite des mérites et du parcours de chaque équipe, de leurs forces et
faiblesses et de leur inconscient collectif. En un mot, j'étais devenu Dominique Grimaud (oui, l'horrible de 100% Foot sur M6), les cheveux filasses en moins. Je savais que cette année allait
m'apporter du rêve. Mais passons aux choses sérieuses.
FC BARCELONE - MANCHESTER UTD
Conflit d'écoles
Sachant tout cela, vous pourriez vous imaginer que des aficionados comme nous se seraient installés une heure avant le début du coup d'envoi, pour se mettre dans l'ambiance et réserver des places
près des bonnes télés dans le bar. Que nenni, même la Ligue des Champions ne peut supprimer le quart d'heure angevin, et c'est donc avec 20 bonnes minutes de retard que nous arrivons avec Simon
dans un Irish Pub bondé. Evidemment fallait qu'il prenne sa douche à 10 minutes de partir pour le bar. Bref. Et si vous aussi avez suivi le match, vous savez que notre anxieux coup d'oeil au
tableau d'affichage en arrivant fut l'occasion d'un bel ascenseur émotionnel : le Barça mène un à zéro ; c'est trop de la balle ; mais on a raté le but ! Nous nous installons sur les derniers
tabourets restants avec d'autre copaings. Il s'agit de déterminer la composition des équipes. On sait d'ores et déjà que le génial Daniel Alves est suspendu pour un jaune de trop en demi-finales,
et que Marquez et Milito sont out ; la défense de Barcelone sera donc une délicate affaire de colmatage. Et c'est en effet le cas :
FC
BARCELONEEntraîneur : Josep Guardiola
V. Valdés
Puyol Yaya
Touré
Piqué Sylvinho
Busquets
Xavi
Iniesta
Messi
Henry
Eto'o
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C. Ronaldo
Giggs
Rooney
Anderson
J.S. Park
Carrick
Evra
Vidic Ferdinand
O'Shea
Van der Sar
MANCHESTER UNITEDEntraîneur : Alex Ferguson
Malgré une improvisation forcée, donc, en défense, avec l'immense Carles Puyol exilé côté droit et Yaya Touré redescendu d'un cran, l'affaire a l'air de tenir la route. Effectivement, Barcelone
domine les débats, et ce depuis leur but dès la 10e minute (Eto'o) dixit ceux qui sont arrivés à l'heure. Ca met de bonne humeur ; on commande une première mousse (elles se vendent seulement au
litre en Argentine, je sais plus si je vous avais dit). Ca s'annonce bien, même si Pancho a décidé (par pur esprit de contradiction, ce garçon est puéril) de soutenir Manchester et son infâme
Cristiano Ronaldo (celui qui joue High School Musical sur un terrain de foot). D'ailleurs il fait pas trop le malin. Le pub, malgré son nom et ses quelques clients anglophones, est lui largement
acquis aux magiciens du Barça, et la bonne frappe de Messi à la 27e soulève des cris et des applaudissements. On sent que les joueurs de Barcelone en veulent, y'a du fighting spirit dans l'air.
Ca tombe bien, nous aussi on en veut ! La première mi-temps se conclue par une impressionante séquence de dix minutes où Manchester touche à peine la balle ; ils ont l'air bien mal barrés et le
Barça au contraire est un Barça des grands jours. L'arbitre siffle, toujours 1-0 et la bière est déjà vide (je précise qu'on la boit à plusieurs). Débriefing devant le bar pendant la pause clope,
l'optimisme est largement de rigueur. Pancho persiste à faire le mariolle et annonce le réveil des mancuniens en deuxième période ; on ricane.
Au retour des vestiaires, petit évènement : visiblement préoccupé par son attaque (il est vrai bien inefficace), Sir Alex Ferguson décide de sortir Anderson (invisible) pour faire rentrer...
Carlitooooos Téééévez !! Le bar salue évidemment la rentrée du compatriote lorsque sa grosse tronche de mule apparaît sur les écrans. J'ai une grande tendresse pour Carlitos. Il exhale évidemment
une bêtise difficilement quantifiable, mais tu le sens tellement heureux avec son ballon que ça te met de bonne humeur ! Et le voilà donc qui rentre, un cran derrière Rooney et Ronaldo qui
permutent en pointe. Le match reprend. Vague tentative des anglais pour reprendre les affaires en main, mais décidément leurs adversaires sont trop forts : 51e minute, notre Titi Henry national
crochette dans la surface et frappe du gauche. Malheureusement, c'est trop mou et le grand Van der Sar s'en empare bien facilement. Autour de la table, on reconnaît que Titi n'est pas dans un
grand soir, à moins que ce ne soit l'exceptionnel punch de Iniesta et Messi qui le fasse apparaître en retrait. Par contre, côté Manchester, on s'accorde sur le fait que "le Chinois c'est un
des rares à surnager" - "Il est pas chinois Ji Sung Park, il est coréen" - "C'est pareil !". Le football, si vous ne le saviez pas déjà, a ceci de génial qu'il met en valeur ce que chacun a
de plus beau en soi : chauvinisme, mauvaise foi, et autosatisfaction ignare. Deux minutes plus tard, Iniesta met une nouvelle fois la défense anglaise à l'amende, et les pousse à la faute : coup
franc à 18 mètres, plein axe. Xavi, alias le Métronome Catalan, s'en charge ; une superbe frappe tendue qui vient malheureusement heurter le poteau gauche de Van der Sar, battu. Gémissements
désespérés dans l'Irish Pub, mais la motivation des supporters est intacte ; on ne peut pas en dire autant des deux nouveaux litres d'Andes Roja commandés à la reprise.
Le Barça fonctionne comme une machinerie parfaitement huilée, c'en est si beau qu'on se rappelait même plus que le football ça pouvait être ça. Des accélérations sur les côtés (avec un Sylvinho
en bonne forme), des dédoublements, du jeu à une touche de balle, c'est de l'odre de la démonstration. En défense, les rares zigwigwis tentés par l'horripilant Ronaldo sont mouchés par un Carles
Puyol tout bonnement intestable, solide comme le roc sous sa crinière et son bourrelet sus-orbital proéminent. A tel point que ce salopard de Portugais en vient à devenir agressif, avec deux
mauvais gestes en cinq minutes dont un méchant coup de coude. Puyol s'en fout, c'est pas un coup de coude de la part de ce semi-homme qui va le déraciner, mais c'est pour le principe. On se plaît
à imaginer ce qui arriverait s'il lui rendait la pareil (les opinions sont partagées entre la tétraplégie et la rupture d'anévrisme). Henry, décidément pas en grande forme (mais de retour de
blessure, il faut le signaler), tente une nouvelle frappe trop molle pour inquiéter le grand hollandais de Manchester dans ses cages. Mais peu importe, car à la 70e, la défense mancunienne est
une nouvelle fois à la ramasse : Xavi prend tout son temps pour adresser une petite merveille de centre parfaitement travaillé qui atterrit sur la tête de Lionel Messi, lequel prend le gardien
complètement à contre-pied. 2-0 : le bar tremble sur ses fondations.
Notons que le fait que Messi, 1m60 au garrot, ait pu placer une tête et marquer montre bien l'état de désarroi dans lequel se trouve la défense anglaise. Alex Ferguson commence à faire sacrément
la tronche sur son banc de touche, alors que Guardiola, impérial avec sa barbe de trois jours et son costard black&white, continue à diriger ses troupes, imperturbable. Pendant les vingt
dernières minutes, les barcelonais continuent de dérouler devant le public romain complètement acquis à leur cause (il faut dire que les 20 000 supporters catalans font un sacré bordel).
Manchester n'y est plus, et Barcelone aurait même pu ajouter un troisième but sur ses occasions de fin de match. Chose incroyable : la montagne Puyol commence à s'autoriser des montées de latéral
droit le long de la ligne de touche, à tel point que Ronaldo-tête-de-veau est à nouveau obligé de faire faute et se mange un jaune bien mérité. Ronaldo défendant dans son camp contre une
offensive de Puyol, on me l'aurait annoncé avant le match je me serais bien marré. D'ailleurs Carles aurait même pu marquer après un énième service magitral d'Iniesta, mais le pauvre n'a pas
vraiment l'instinct du goleador. On ne lui en veut pas. Les dernières minutes sont une formalité. Force est de constater que la rentrée de Tévez n'aura pas changé grand chose, pas plus que celle
ultérieure de Berbatov, et encore moins celle de Scholes, rentré à la place d'un Ryan Giggs vieux et dépassé (c'est triste à dire car je l'aime beaucoup ce joueur).
Coup de sifflet final et euphorie dans le bar. Les anglophones déguerpissent vite fait, dégoûtés. On reste pour voir la remise de la coupe en achevant la Andes. Manchester défile d'abord pour
récupérer la médaille des deuxièmes (aussi appelée "Médaille des Loosers"), et grande satisfaction : Ronaldo est récompensé de sa tête à claque et de son match navrant par les sifflets de tout le
Stadio Olimpico quand il récupère sa médaille. "Bien fait pour sa gueule", comme disait Socrate.
Et puis c'est l'ascencion des dernières marches vers l'Eden du footballeur : les barcelonais, mes barelonais, que j'ai suivi avec enthousiasme depuis la tannée qu'ils ont collé à Lyon en 8èmes,
arrivent pour serrer les paluches de la belle brochette de dignitaires qu'on leur présente : l'inévitable Platoche, mais aussi Juan Carlos I de Borbon y Borbon, Roi d'Espagne, et José Luis
Zapatero, 1er ministre espagnol, visiblement ravis de se marrer un peu en allant au stade. Et enfin, lorsque tout le monde est monté sur le podium, l'inammovible guerrier-capitaine Carles Puyol
soulève la coupe : musique à fond, confettis, hurlements du stade et applaudissements nourris parmi les clients de l'Irish Pub. C'a été un scénario idéal, la conclusion parfaite d'une Ligue des
Champions qui aura définitivement très bien joué au ballon. Signalons au passage que le FC Barelone réalise un triplé historique championnat/coupe du Roi/Ligue des Champions, une performance qui
selon l'avis expert de notre consultant Philippe Lucas "n'est pas un truc de tarlouze". A bon entendeur, salut.
"Terminé, fermez le rideau
Sortie de scène, démontez les tréteaux
La sueur coule, colle, le ring s'affole, l'eau des rigoles
La bacchanale c'est fini, costumes, faste et folies à minuit
Le vent de la nuit emporte les corps en haillons
Lambeaux, brûlent étendards et drapeaux
Qu'on portait très haut vers le ciel, le matériel on l'emmène pas là-haut
Les richesses ammassées s'entasseront sous les flots
S'entassent, s'entassent, s'entasseront sous les flots"
Autant le dire tout de suite : il fait froid. Difficile à imaginer pour vous, bande de veinards, alors que par chez vous les petits oiseaux
poussent, les fleurs roucoulent dans les arbres et que la Corée du Nord fait son premier essai nucléaire de la saison printemps-été 2009, mais dans nos contrées c'est le contraire : on ressort
les pulls, les manteaux, et autres joyeusetés de la saison.
Je viens de me rendre compte que ça faisait un bout de temps que j'avais pas donné de nouvelles, malheur à moi. Mais je vous rassure, je vais bien. Ces derniers temps les week-ends ont été bien
remplis, avec notamment deux dans la montagne aux alentours de Mendoza pour des sessions "asado & chalets de bois", très sympa, surtout que la deuxième fois on a carrément fait rôtir un
agneau entier sur une broche, ce que j'avais jamais fait encore. Laissez-moi vous dire que ça a un côté jouissif d'empoigner son os à pleines mains et de ronger la viande fondante comme un gros
australopithèque de base. Ca vous met de bonne humeur ! Et puis aussi, il y a deux semaines, encore un petit voyage à Valparaiso où on retrouvait des potes de notre groupe de TD de l'année
dernière pour l'anniversaire de l'un d'entre eux, Jojo, tout juste arrivé de Wellington - Nouvelle Zélande (oui monsieur). Une grande et belle rigolation encore une fois ; je me suis rendu compte
que c'était la 3e fois que j'allais à Valparaiso cette année, la 4e en tout, et que mine de rien je commençais à m'y repérer sévère. La ville est toujours aussi oufesque, l'accueil toujours aussi
chaleureux : ambiance colonie de vacances à six chez Ariel et Matthias, batailles de polochons, boustiflettes et autres Vingt-et-Uns, un vrai régal.
Rassurez-vous, ces excursions hors de mes terres mendocinas ne m'empêchent pas de jouer à domicile de temps à autres, avec encore de nouvelles fêtes bien mémorables : une en l'honneur de Rien, un
anniversaire déguisé (j'étais en mafieux italo-juif, photos à venir un jour), des parties de poker, de foot, et une bouffe pour le départ prochain en Bolivie de deux copines françaises (t'aurais
été fier de nous p'pa : poisson du marché frit, ratatouille à l'olive et petite salade laitue/oignons/citron). Bref, je continue à tracer ma life, kiffer la vibe, love on the flex of the
kisscool, et toute cette sorte de choses.
Bien sûr, "la fin approche", comme le disaient déjà Nostradamus et Xenu le roi-extraterrestre en leur temps, et l'ambiance fin d'année se fait sentir poco a poco. Et c'est pas super drôle, même
si je sais que je vais être heureux de rentrer. Vous me manquez, les gens, tous ! On se revoit bientôt...
PS : Je sais, mon titre a rien à foutre ici, mais j'avais pas encore de titre d'article en Z alors bon...
Un article long, certes, mais très bien écrit et documenté, du coup une lecture intéressante. Je mets un lien vers le site dans la rubrique de
droite, il m'a l'air fourni en bonnes idées. A recommander tout spécialement à mes camarades exilés dont le cerveau a comme le mien la consistance du pain de mie après presque un an de glande
universitaire. Comme le disait Roger Lemerre en 1998 lors des joggings d'avant Coupe du Monde : "ça vous remet en jambe les gars !".
Spéciale cassdédi à DJ Gregyou pour le tuyau. Cuidense !
:
Ma mère m'a dit "Baptiste, tu deviens un peu encombrant", du coup j'ai foutu le camp... je rigole, vous le savez bien, je suis ici au su de mon plein gré, et cette page va vous permettre de vous y tenir (tenir à quoi ? bah à la page !). Besitos a todos !